Histoire du nom Daniel, de
lOrient à la Bretagne, Ve-VIe siècles
par
Philippe Daniel contact
lintroduction du nom Daniel et des noms bibliques dans lîle de Bretagne, en Armorique et dans le pays de Redon mise en ligne 02-01-2008 – mise à jour 19-01-2009
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IV
Lintroduction au pays de GallesV
Lintroduction en Armorique
Au vu de leur
répartition sur
la période 1966-1990, l'origine bretonne du patronyme Daniel et de ses principales
variantes apparaît clairement : (naissances
en % de la population et valeur brute)
(1)





DANIEL 6478
DANIC 94
DANIELO 107
DANILET 18
DANIOUX 28





DANIAUX 65
DENIEUL 297
DANIOU 42
DANIELOU 430
DENIEL 934
Plusieurs cartes laissent à penser que le berceau du nom est situé dans le sud de la Bretagne mais cette prépondérance est récente et il a en réalité depuis l’origine été plus présent au nord comme le confirme la répartition des noms de lieux. De 1891 à 1940, on compte davantage de naissances de Daniel dans les Côtes-d'Armor que dans le Morbihan. La tendance s'inverse sur la période 1941-1990 du fait d’une évolution différente de la démographie des deux départements. Une baisse des naissances plus rapide que celle de la population dans les Côtes-d'Armor fait que le nom y apparaît en plus faible proportion sur les cartes. Au XIXe siècle, cette plus faible proportion est due à la population élevée du département, mais c’est pourtant davantage au nord qu’il faut chercher un berceau régional.
On trouve en Bretagne
dautres variantes faiblement représentées : Dannic, Dannielou,
Daniello,
Denigo
dont
certaines sont en voie de disparition : Danniellou,
Denielou, Danniel, Danou, Danniou, Danio, Denio,
Danigou
Dany, très
présent à la Réunion, un peu en Guadeloupe mais aussi dans le
Morbihan, est sûrement dorigine bretonne du fait de la
présence des Bretons dans les colonies françaises depuis le
XVIIe siècle.
Lorigine de
plusieurs formes proches reste assez incertaine.
Danaire
et Danais pourraient venir du breton tan, feu.
Même prudence avec Dano, Danno et Dannot qui, du moins dans
la toponymie, ont pour racine le breton tann, du gaulois tanno,
chêne (2).
Si lanthroponyme
Dano
viendrait bien de Daniel selon Albert Deshayes (3), les
Danet, Danot et Danon seraient des diminutifs de Jourdan
daprès Albert Dauzat (4), ce qui paraît
dailleurs surprenant puisquon ne les rencontre pas
dans les mêmes régions.
Denoual et Denouel seraient issus du vieil irlandais domun, monde, domain, profond selon A.Deshayes (5) mais, daprès une autre source, Denoual est la forme armoricaine de Deiniol, elle-même forme galloise de Daniel (6).
Dané
et Daney,
concentrés en Aquitaine, viendraient de Danois qui désignaient
les Scandinaves au Moyen Âge. Selon A.Dauzat, Dan, Danel
et Daneau seraient tirés de dain, mais la forte
présence des Dan dans le Calvados évoque aussi une
origine scandinave, tout comme les Danin, Dannet, Dannon, Danican, Dano et
Danet très présents en Normandie. Danard, présent dans les lieux fréquentés par
les Vikings (Normandie, Haute-Bretagne, basse Loire), pourrait
être à ranger dans la même catégorie.
Enfin, Denie et Danias, bien représentés en Haute Bretagne, restent dorigine douteuse.
Les contre-exemples de
variantes majoritaires dans dautres régions ne remettent
pas en cause ce premier constat
:
Daniau, Danieau,
Daniot,
Daniaud, Daniault (Vendée),
Si la plupart des
variantes restent contenues dans les frontières bretonnes on ne
distingue pas dorigine plus précise dans la région où
chaque forme se concentre dans une zone particulière en fonction
des différents dialectes.
II Le nom
en Grande-Bretagne
Une carte de leur
répartition en Grande-Bretagne offre en revanche une mise en
perspective et montre un lien évident avec le sud du pays de
Galles.
copyright
Articque
les Daniel en France
et Grande-Bretagne
17562 occurrences du
recensement britannique de 1881 et 6229 naissances en France de
1891 à 1915
en % de la population par comté et département (7)
Cette concentration au sud du pays de Galles renvoie naturellement aux
migrations des Bretons vers lArmorique durant
le haut Moyen Âge, pour lessentiel du IVe au VIIe siècle.
Le
Carmarthenshire est le comté où ils sont le plus présents en proportion, surtout entre Carmarthen et Swansea. Cette implantation est ancienne car, dans le recensement britannique de 1881, sur les 573 Daniel du comté, 532 y sont nés (93%). Sur les 498 dont on connaît le lieu de naissance, plus de la moitié sont issus de 7 communes de la baie de Carmarthen et tous entre Carmarthen et Llanelli sur une étendue de 23 km que l'on peut sans doute considérer comme le berceau européen du nom (8).Plus à l'ouest, dans le Pembrokeshire, on les trouve concentrés entre Fishguard et Cardigan, puis dans le Cardiganshire autour d'Aberystwyth. Dans le Cornwall, ils sont surtout présents à l'extrême sud-ouest, autour de Penzance.
On ne rencontre
nulle part la forme archaïque Deiniol, ni même Deniol,
et un seul Deniel. En revanche, les Daniel sont
nombreux sur tout le territoire, quoiquen proportion faible
(0,06%).
Le pays de Galles a
été une terre démigration entre 1820 et 1870, surtout
vers létranger mais aussi vers lAngleterre, ce qui
explique quon trouve des noms gallois en proportion
importante dans dautres régions de lîle. La
plus forte concentration du nom au sud de la région
pourrait sexpliquer par le fait que les monastères, foyers
de léglise primitive dont le plus célèbre est celui de
Llanilltud, y étaient beaucoup plus nombreux quau nord.
pays de Galles,
Cornwall et Devon
Saint Deiniol (
v 554), évêque de Bangor (Caernarvorshire)
La forte présence de ce nom au pays de Galles est à rapprocher de Saint Deiniol, fondateur vers 525 de labbaye de Bangor au nord
de la région et qui devient cathédrale quand il en est consacré évêque vers 550 (9).Saint Deiniol est le premier personnage de Bretagne insulaire dont on ait trace à porter ce nom. Il a passé la plus grande partie de sa vie dans le nord-ouest du pays de Galles mais était originaire de Démétie dans le sud-ouest (actuel Dyfed) (10)
où son nom est sans doute concentré depuis son époque.Son épiscopat à Bangor
a marqué la toponymie du nord et de louest de la région.
On remarque que les noms de lieux comprenant les racines dan
et dein sont principalement situés le long de la côte
ouest. Du nord au sud, nous trouvons Llanddaniel Fab dans
lîle dAnglesey, Llanddeiniolen et Deiniolen
au sud de Bangor, Caerddaniel près de Harlech, Llanddeiniol
dans le Cardiganshire, Llandenny au nord de Newport dans
le Gwent. A lextrémité sud-ouest, dans le Pembrokeshire,
se trouve une église Saint Daniels à Pembroke Dock et,
davantage dans les terres, Dandderwen. Autour de
Carmarthen : Danygraig à louest, Dan-y-banc
et Dan-y-quarry au sud-est, Doleiddan à lest.
Daniel Drem Rud (516),
comte de Cornouaille armoricaine
Le nom Daniel était également présent en Armorique plus tôt encore, avant 516, puisque la généalogie des comtes de Cornouaille conservée à Landévennec, qui est une copie du XIIe siècle, mentionne un Daniel Drem Rud (Daniel au visage rouge), père ou prédécesseur du roi Budic jusqu'au règne de ce dernier (516-556) (11).
Toutefois, le fait quon trouve ce nom de notre côté de la Manche avant la fondation de labbaye de Bangor par Saint Deiniol ne veut pas dire quil soit arrivé en Armorique avant dêtre introduit en Bretagne insulaire. A la fin du Ve siècle, un royaume est fondé dans notre Cornouaille sous le parrainage de celui de Carmarthen au pays de Galles, les deux royaumes ayant ensuite des relations suivies avec un va-et-vient constant jusqu'aux ravages des Vikings au IXe siècle.
Ainsi Budic, roi de Cornouaille de 516 à 566, successeur de Daniel Drem Rud, menacé par son frère Maxentius à propos de la succession au trône, se réfugie à Carmarthen, et Aircol (Agricola) de Démetie envoie sa flotte et ses hommes en Armorique pour le rétablir dans ses droits. Peu après, en 575, quand Macliau veut imposer son fils Jacut (Jacob) comme roi de Cornouaille contre son neveu, le fils de Budic, Theodoric (Thierry, Teudiric ou Tewdwr Mawr), prétendant légitime, ce dernier trouve également refuge à Carmarthen chez ses oncles et cousins. Son beau-père, Urien, roi du Rheged au nord de l'île, et Voteporix, roi de Démétie, envoient alors armées et navires en baie de Quiberon en 577 pour une bataille au cours de laquelle Macliau et Jacut sont tués. Theodoric, petit-fils de Daniel Drem Rud, peut retourner en Armorique et s'installer vers Plounéour ou Plogastel où il devient, enfin mais brièvement, roi dans l'ouest d'une Cornouaille désormais partagée avec son cousin ennemi Waroc, fils de Macliau et frère de Jacut. Mouric, le fils de Theodoric, retourne lui au sud-est du pays de Galles où il devient roi suite à sa victoire de 584 contre le saxon Ceawlin, et où son fils, Morcant, donnera son nom au royaume : le Glamorgan (12).
Daniel Drem Rud est aussi donné pour avoir été roi des Albani ce qui l'aurait fait régner sur les deux rives de la Manche, les Albani étant les habitants d'Albion qui désigne la grande Bretagne
(13). Ce comte est donc très lié au royaume de Carmarthen sil ne la pas dirigé lui-même.Une autre source, La Vie de Saint Méloir, rédigée au XIIe siècle, mentionn
e que la Cornouaille armoricaine a été fondée vers 500 par le chef insulaire Gradlon Meur, appelé Lex ou Regula, qui arriva avec une grande flotte dans ce territoire déserté, le mit en culture, et que ses descendants, Daniel puis Budic, lui succédèrent. Selon ce document Daniel Drem Rud est bien né en Bretagne insulaire car il avait nécessairement plus de 16 ans quand son règne s'achève en 516 (14), son nom lui a donc été donné outre Manche.
Daniel Drem Rud et Saint Deiniol ont des profils similaires : ils vivent à la même époque et sont tous les deux
issus de et liés à la région de Carmarthen. Leur nom leur a été donné à la fin du Ve siècle et a selon toute vraisemblance été emprunté au même personnage.
Il est à noter que le nom Daniel revêt une importance particulière dans l'île de Bretagne. Dans son Historia Brittonum, compilation de divers textes anciens réalisée au début du IXe siècle, le moine breton Nennius décrit ainsi les "Ages du monde" : le 1er âge du monde va d'Adam à Noé ; le 2e de Noé à Abraham, le 3e d'Abraham à David, le 4e de David à Daniel, le 5e de Daniel à Jean-Baptiste. Le 6e de Jean au Jugement où Notre Seigneur Jésus Christ viendra juger les vivants et les morts et le monde par le feu.
Le moine breton Gildas (570) le mentionne une fois dans son De Excidio Britanniae rédigé vers 530-540, mais pour comparer la situation de l'île avec celle d'un pays évoqué dans le livre d'Ézéchiel (14,12) et fait donc référence au prophète : La parole du Seigneur me fut adressée en ces termes : Fils d’homme, si un pays péchait contre moi par infidélité et si j’étendais la main contre lui en lui supprimant le pain qui fortifie et en lui dépêchant la famine exterminatrice des bêtes et des gens, y eût-il en ce pays Noé, Daniel et Job, ils ne sauveraient qu’eux-mêmes par leur justice.
Le prophète Daniel
L'origine
du nom
Daniel renvoie naturellement à son tout premier porteur, qui est aussi le plus
célèbre : lun des quatre grands prophètes de
lAncien Testament. Exilé à Babylone (587-538 av. JC, dans
lactuel Irak), il avait le don d'interpréter les rêves et
aurait fait admettre à Nabuchodonosor la suprématie de Iahvé.
Il fut jeté à deux reprises aux lions, mais ceux-ci s'éloignèrent
de lui ce qui fut considéré comme un signe de Dieu. Le nom
vient de l'hébreu daniyy'el (Dieu est juge) ; son livre
a été écrit par un anonyme vers 168 av. JC.
Saint Daniel le
Stylite (409 - 489 ou 493)
Saint Deiniol et Daniel Drem Rud auraient en fait été nommés daprès une personnalité beaucoup plus proche deux dans le temps : Saint Daniel le Stylite, moine solitaire du Ve siècle (15).
Né en 409 à Maratha, en Anatolie
(Asie Mineure, près de Samsat au sud-est de la Turquie), il a 5 ans quand ses parents le font consacrer dans un monastère. Larchimandrite décide que lenfant doit porter le nom que Dieu révélera et lui demande de choisir un livre sur une table où il est de coutume de mettre différents ouvrages à la disposition des frères. Lenfant prend au hasard le Livre du prophète Daniel et est nommé ainsi (16).Installé près de Constantinople en 451, il devient un fanatique et décide en 461, à limage de son maître Saint Siméon, de vivre reclus en haut dune colon
ne dune douzaine de mètres doù son nom de Stylite (17). Il devient très populaire et admiré en accomplissant des miracles et en guérissant des malades. Il donne des conseils aux grands de son époque dont lempereur Zénon qui viennent le consulter. Il meurt après avoir passé une trentaine dannées sur sa colonne (18).Selon toute vraisemblance, et comme ce fut le cas pour Saint Siméon, Daniel le Stylite a connu un accès de célébrité au moment de sa mort et, de ce fait, son nom a été largement popularisé dans les dernières années du Ve siècle.
La proximité entre sa disparition autour de 490 et lactivité de Saint Deiniol et Daniel Drem Rud au début du VIe siècle accrédite lidée que les deux Bretons lui ont emprunté son nom devenu à la mode.
Se posent alors deux
questions :
–
quand et
comment est-il arrivé du pays de Galles jusquau pays de Redon où nous le rencontrons
dans les textes à
partir du IXe siècle?
IV - Lintroduction
du nom au pays de Galles
Les noms bibliques
Le recensement
britannique de 1881 montre que de nombreux noms tirés de la Bible sont particulièrement concentrés au pays de
Galles : David, Joseph, Joshua, les quatre
grands prophètes Daniel, Esau, Zacharie et Jeremy
Même
constat dans le Cornwall, le Devon et les autres comtés bretons
du sud-ouest où se trouvent en forte proportion des Mark, Luke, Paul, Eve, Isac, Jacob et surtout des Job
(19).
Sur 41 noms bibliques
présents au Royaume-Uni, 38 le sont aussi dans ces régions
bretonnes, et pour 13 dentre eux la proportion y est
supérieure à 20% du pays.
Certains sont également
bien représentés dans notre Bretagne : Marc, Paul, Jacob,
David, Isac, Abraham, Joseph
résultat de
lémigration bretonne du haut Moyen Âge même sils
sont aussi présents dans dautres régions françaises.
Une telle concentration danthroponymes du même type dans un même lieu évoque un contact direct, donc maritime, avec les Lieux saints du christianisme (Palestine, Asie Mineure,
Égypte ), plutôt que par les autres voies de diffusion des idées, les grands axes de communication reliant les villes, et sagissant de lîle de Bretagne via la Gaule et la Tamise. Lintroduction de ces noms ne peut être que le résultat des pèlerinages au proche Orient qui naissent au IVe siècle et se développent massivement au Ve parallèlement au mouvement monastique. Impulsé par la visite de Victrice, évêque de Rouen, dans l'île vers 396 puis celles de Saint Germain d'Auxerre en 429 et 447, le monachisme est une recherche de pureté en réaction contre les conversions de masse des IIe et IIIe siècles et la corruption du clergé (20). En 411, les moines pèlerins sont déjà nombreux en Bretagne (21). Les pèlerinages sur les terres dorigine du christianisme sont la suite logique de ce repli sur la foi et de cette recherche de pureté religieuse.
La concentration
importante des noms bibliques au pays de Galles est le signe que
les Bretons étaient déjà regroupés dans louest de
lîle au moment de leur introduction et que les
pèlerinages étaient suffisamment nombreux pour les populariser
au point quils perdurent de nos jours.
La période qui correspond le mieux à cette situation est le Ve siècle dans toute sa durée. Suite au départ des Romains de lîle en 383, 407 et 411, les Bretons sont en effet progressivement poussés vers louest par larrivée des Saxons jusquà y être essentiellement rassemblés à la fin du siècle.
Le commerce de l'étain
Larchéologie
apporte aussi des preuves de contacts entre le sud-ouest de la
grande Bretagne et des cités méditerranéennes. Au
nord du Cornwall, dans le Devon, à Dinas Powys près de Cardiff, autour du
canal de Bristol,
à South Cadbury (Somerset) et dans quelques ports dIrlande et
dÉcosse, ont été découvertes de grandes quantités damphores des années
450-530, rencontrées ailleurs uniquement en Méditerranée
orientale (Carthage, Tunisie, Libye, vallée du Nil, Tel-Aviv,
Haifa, Chypre, Izmir, Éphèse, Athènes
). Ces
récipients à vin et à huile prouvent lexistence
dun commerce avec lactuel proche Orient dans lequel
les Bretons pouvaient fournir étain, plomb, cuivre, zinc, fer,
vêtements de laine, chiens de chasse et esclaves.
Les fouilles entreprises à Tintagel dans les années 1930 par Ralegh Radford ont établi lexistence d'un comptoir marchand des Ve et VIe siècles. Lors de nouvelles fouilles en 1998, Chris Morris, de lUniversité de Glasgow, a
trouvé dans ce seul lieu davantage damphores méditerranéennes de cette période que sur tous les autres sites archéologiques britanniques et irlandais réunis ce qui démontre limportance du trafic (22).
Au début du VIIe siècle encore, le récit de la vie du saint chypriote John the Almsgiver mentionne larrivée en grande Bretagne dun navire égyptien venu échanger sa cargaison de blé contre de la monnaie et de létain. L'étain, absent du bassin méditerranéen, est depuis la préhistoire un métal rare plus convoité que l'or. Associé en faible quantité au cuivre il forme l'alliage de bronze, un métal dur, parfait pour fabriquer des armes dont l'efficacité est très supérieure à celles en silex et en pierre. Il est resté en usage jusquau Moyen Âge. La route principale de létain est maritime, terrestre et fluviale (via la Loire et le Rhône) depuis 600 av. JC au moment où ce commerce commence à céder la place à celui du fer, mais une route maritime était encore pratiquée aux
VIe et VIIe siècles car on imagine mal pour quoi dautre que létain les navires chargés des amphores découvertes venaient à Tintagel et dans les autres ports de Bretagne.
répartition de deux types damphores datant de 450-530
Les récipients antiques se rencontrent en grande Bretagne presque uniquement au sud-ouest, en zone bretonne. Ils sont absents des littoraux atlantiques de la Gaule ce qui témoigne de lexistence dune route directe depuis la Méditerranée, sans escale en Armorique à cette époque.
Les commerçants de Gaule atlantique ne prendront le relais de ce commerce qu'au début du VIIIe siècle.Il faut sans doute voir dans labsence du n
om en Gaule le fait que Gallo-romains et Francs faisaient peu de pèlerinages en Orient au Ve siècle au moment où il y était populaire. Sans doute n'en faisaient-ils pas davantage avant la fixation des surnoms en noms de famille au XIe siècle car, si tel était le cas, les noms bibliques seraient présents le long du Rhône et de la Loire, axes privilégiés de déplacement. Ils devraient
aussi être mieux représentés à Marseille, ville importante de
la Méditerranée et port dembarquement évident pour des
pèlerins souhaitant se rendre en Orient, comme il le sera pour les croisés du
XIe au XIIIe siècles, or à part Paul,
Pacôme, Raphaël et Jourdan on ny trouve très
peu de noms de ce type.
Il existe pourtant à la fois de létain et des traces de contacts avec lOrient dans lArmorique du VIe siècle, en particulier une pièce de bronze frappée à Carthage en 585 retrouvée dans la mine détain dAbbaretz (50 km au nord de Nantes)
et qui, selon André Chédeville, prouverait quau début de la période mérovingienne au moins, le monde méditerranéen continuait de sapprovisionner en étain dans nos régions (24). Cest sans doute la même découverte qui fait dire à Noël-Yves Tonnerre quen Armorique létain avait joué un rôle important dans les échanges du VIe (25). Pourtant selon la commune dAbbaretz elle-même, si cette mine a bien été exploitée dès 1200 av. JC et à été lune des sources détain les plus importantes du monde antique, rien ne prouve une quelconque activité entre le IIIe et le XXe siècle (26).Cette pièce de monnaie du VIe est un
bien mince indice de lien avec lOrient comparée aux quelque 900 morceaux damphores retrouvés sur le seul site de Tintagel qui a été bien davantage fréquenté par les navires orientaux sans doute parce quen plus dêtre les plus anciennes (exploitées depuis 1700 av. JC), les mines du Cornwall étaient les plus grandes du monde connu et quon y trouvait aussi du cuivre et du plomb (27).Bien après lAntiquité, le Cornwall fournissait encore la plus grande partie de l'étain exporté dans le monde et a continué de le faire jusquaux années 1870
(28). Ce nest quavec la chute des cours en 1985 que la grande mine de Geevor ferme en 1986, puis celle de South Crofty en 1998 (29).Une des routes de létain traversant lArmorique entre le Cornwall et la Loire (avant de rejoindre le Rhône), il nest pas exclu que cette pièce de 585 ait été donnée en route par un quelconque intermédiaire
breton, gaulois ou franc aussi bien que par un Oriental.LArmorique avait
certes cinq mines détain et quatre de plomb argentifère
mais les capacités de production étaient inférieures et la
province ne possédait pas de cuivre. Dautre part, aucune
de ces mines nétait à proximité immédiate de la mer
hormis celle détain à Piriac (44) et
noffrait donc les mêmes facilités denlèvement que
celles du Cornwall.
Un autre indice souvent évoqué de lien entre Armorique et Méditerranée est le culte des Sept Saints Dormant dEphèse dans la commune du Vieux-Marché (Côtes-dArmor), qui fait aussi lobjet dun pèlerinage. Lorigine de ce culte nest pas daté, toutefois une similitude a été établie par lorientaliste Louis Massignon entre les paroles de la gwerz chanson bretonne chantée pendant le pardon et un des passages du Coran, auquel cas cette pratique daterait au moins du VIIe siècle ce qui est postérieur à la période qui nous occupe ici
(30).
Le rôle des pèlerins
Les liaisons maritimes commerciales entre lîle de Bretagne et lOrient devaient donc permettre à des pèlerins bretons daller visiter les Lieux saints du christianisme : Jérusalem, Rome, lAsie Mineure (actuelle Turquie) par une voie plus sûre et plus rapide que la terre, pour se plonger aux sources de leur foi et rencontrer les moines célèbres de leur temps, modèles de pureté chrétienne (Saint Antoine, Saint Siméon, Saint Daniel, Saint Jérôme ). Ils revenaient de leur séjour par le même moyen, parfois après plusieurs années, ramenant dans leur pays des idées, des mots et des noms. Selon lhistorien anglais Charles Thomas, ils ont à la fois accéléré le développement des idées chrétiennes déjà présentes en grande Bretagne et popularisé les noms de héros bibliques ou chrétiens qui étaient à la mode dans les lieux visités.
Sil est probable que ces pèlerins se soient rendus à Constantinople, lieu de décès de Daniel le Stylite et principale ville de pèlerinage avec Rome et Jérusalem, il est très vraisemblable quils soient également allés à Éphèse où la Vierge Marie a fini ses jours, en compagnie de l’apôtre Jean qui a écrit son évangile dans cette cité et y est mort en 101. La présence de ces deux personnages a suffi pour en faire un lieu important de pèlerinage. L’apôtre Paul (†65) y fut également actif pendant plus de trois ans. Éphèse apparaît aussi dans le Nouveau Testament comme l'une des sept villes citées dans l’Apocalypse. Cest un port important ouvert sur la Mer Égée.
Selon toute
vraisemblance, ces pèlerins ont introduit le nom Daniel dans
lîle de Bretagne entre le moment du décès de Saint
Daniel le Stylite à Constantinople vers
490 et celui où
le nom est relevé pour la première fois en Bretagne en 516.
Une introduction juste après la disparition du saint paraît plus probable que dans la première décennie du VIe siècle car la popularité dune célébrité est toujours beaucoup plus grande immédiatement après son décès.
L'hypothèse la plus probable est un décès du
Stylite en 489, une introduction du nom en Bretagne vers 490 et une naissance de
Daniel Drem Rud la même année ce qui lui fait terminer son règne en 516 à l'âge
de 27 ans. Si l'introduction du nom et le baptême du comte de Cornouaille
avaient eu lieu en 500 ce dernier aurait fini son règne à
seulement 16 ans ce qui semble peu
vraisemblable.
Les
mêmes types de poteries ont également été trouvés près de Nice et Marseille où
on rencontre les formes Danielli, Danieli et Daniele. Cette dernière est également très présente dans le Piémont au nord de l'Italie. Le plus
ancien porteur connu du nom en Occident étant Daniel de Padoue (†168) en Vénétie,
au nord-est, où les formes Daniel et Danieli sont encore concentrées
de nos jours, il est vraisemblable que le nom a
été introduit dans le sud-est de la France actuelle dès le IIe siècle, donc sans l'intervention de
Bretons
V - Lintroduction
du nom en Armorique
L’introduction du nom
Daniel au pays de Galles à la fin du Ve siècle et l’étroitesse des liens commerciaux entre la Méditerranée et le Cornwall aux Ve et VIe amènent à penser qu'il est arrivé sur notre côté de la Manche uniquement depuis lîle de Bretagne où il est surtout concentré autour de Carmarthen. Tentons d’esquisser son trajet jusqu'au pays de Redon et de définir lépoque de ce déplacement.
La répartition du nom dans l'Ouest
Une carte montrant la répartition actuelle des Daniel et des noms de lieux
correspondants permet de deviner les parcours empruntés depuis l’île et de
localiser certains points de chute : entre Lannion et Saint-Brieuc pour le nord, dans la Baie
dAudierne en Cornouaille, près de Lorient et de Vannes
pour le sud. On trouve logiquement une plus forte concentration
de toponymes dans le nord au plus près du point de départ des
colons.

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Articque
174 toponymes
l et 4671 occurrences du nom et ses variantes (en bleu) sur 1031 communes de 9 départements (32)toponymes de l'IGN et occurrences de l'annuaire téléphonique de 1997 en % de la population de chaque commune
Certains toponymes situés à lintérieur des terres signalent quà lépoque de larrivée de porteurs du nom plusieurs parties littorales ne sont déjà plus disponibles. Les premières migrations massives de Bretons avaient commencé dès 383, et les colons près de 100.000 sur plusieurs siècles (33) – viennent sajouter à la population gauloise indigène.
Les routes de l'émigration
Selon le schéma habituellement retenu, les habitants du Devon fondent la Domnonée au nord, ceux du Cornwall s'installent dans tout le Finistère et une partie d'entre eux fonde la Cornouaille au sud-ouest. Ceux du pays de Galles rejoignent leurs compatriotes en sétablissant où il reste de la place, surtout au sud, à une époque plus tardive quand la région est déjà rebaptisée, doù la rareté des toponymes gallois (34).
Cest depuis les côtes sud du Cornwall et du Devon que le
trajet est le plus court pour atteindre lArmorique. De
nombreux Gallois passent logiquement dans ces deux comtés
et les traversent, le plus souvent via les rivières Tamar et Exe, afin de
réduire au maximum la partie maritime du voyage. Ils abordent donc les mêmes côtes nord, de
Trégastel à Paimpol, que les émigrants du Devon. Certains
Gallois plus à l'ouest (Pembrokeshire et Carmarthenshire) se
lancent en mer directement depuis leurs côtes ce qui les fait contourner la péninsule
jusquà l'aborder sur son littoral sud et effectuer un trajet plus long,
jusqu'à 650 km pour ceux qui atteignent l'embouchure de
la Vilaine. La proximité entre le dialecte vannetais et la langue galloise
prouve que les Gallois ont largement colonisé le sud-est de
lArmorique.

Les Bretons sont déjà installés près de Vannes au début VIe siècle mais les noms de paroisses préfixés en Plou-, Plo-, Pleu-, Plu-, Plé- et Tré-, typiques de cette époque, se trouvent à louest de la ville et complètement à lest
, le long de la voie romaine nord-sud située entre Vannes et Redon. Labsence de toponyme de ce type construit sur Daniel dans le Vannetais est le signe de larrivée de relativement peu de porteurs du nom et seulement à partir de la seconde moitié du VIe siècle.

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frontière politique
entre Bretons et Francs
de 497 à 753
–––– de 753 à 840 –––– de 851 à 915 ––––
Le contexte historique
La fron
tière de 497 à 753, en orange, est essentiellement naturelle, le long de la Rance, du Meu et dune partie de la Vilaine, pendant une longue période de 250 ans. Mais, comme nous le verrons, elle na pas empêché des colons de sinstaller plus à lest dès le VIe siècle, en particulier dans la basse Vilaine.Suite à un accord de paix conclu en 497
avec les Armoricains, le franc Clovis (roi de 481 à 511) et son fils Childebert (roi de 511 à 558) permettent larrivée massive de Bretons en Armorique pour nettoyer les côtes, en particulier la vallée de la Rance, des pirates saxons avec larrière-pensée de leur laisser le champs libre pour éventuellement conquérir la Bretagne insulaire contre ces derniers. Childebert souhaite aussi pouvoir sappuyer sur les Bretons dans ses démêlés avec ses frères, notamment Clotaire. Durant leurs deux règnes, les Bretons deviennent très nombreux en proportion chez les Osismes, les Vénètes et dans une moindre mesure chez les Coriosolites.Childebert a aussi
favorisé linstallation des Bretons en Normandie et leur
présence observée dans le Cotentin pourrait dater de cette
époque même si les toponymes qui sy trouvent paraissent
dater du bas Moyen Âge.
La frontière de 851 à 915, en vert,
est établie après la victoire du prince breton Erispoë sur le roi franc Charles le Chauve et délimite la zone maximale dinfluence des Bretons, jusquà Angers. Il est logique de ne trouver pratiquement aucun Daniel au-delà.lArmorique au
Ve siècle
tribus gauloises et
réseau routier
Il est à noter que les
Daniel au XXe siècle se trouvent globalement à proximité des
toponymes formés sur leur nom au Moyen Âge. Lécart entre
plages bleues sombres et points rouges montre ici dassez
faibles mouvements des familles sur les dix derniers siècles.
Les déplacements se sont faits pour la plupart vers
lintérieur des terres et illustrent la conquête de
lhomme sur la forêt et la friche.
On observe toutefois une
des plus fortes concentrations aujourdhui autour de Maure-de-Bretagne,
Pipriac et Messac, dans une zone où il ny a pas de nom de
lieu correspondant. Les archives du XIXe siècle montrent que
ceux de notre lignée établis à Renac et Messac sont
originaires du Grand-Fougeray. Dautres Daniel très
présents dans ces communes pourraient venir de lest du
Morbihan où la concentration des toponymes formés sur ce nom
est importante.
Les toponymes construits sur le nom en Armorique
Une carte des toponymes de différentes époques, augmentés de 231 parcelles, confirme une présence plus importante au nord. 40% des noms de lieux construits sur Daniel se trouvent dans les Côtes-d’Armor (36), particulièrement regroupés dans la région de Guingamp, ce qui laisse deviner un point de chute sur les côtes très découpées allant de Trégastel à Paimpol et un point de départ depuis les côtes du Devon où les porteurs du nom sont pourtant peu présents dans le recensement de 1881. Comme vu plus haut, ils partent en fait du sud pays de Galles et traversent le Devon via la Tamar et l'Exe pour rejoindre la Manche. De là, ils longent vers le sud jusquà la pointe de Start Point doù ils se lancent dans une traversée de la Manche de 155 km et atteignent lextrémité nord de lArmorique. Beaucoup sengagent dans les rivières Jaudy et Trieux, et quelques-uns fondent Pleudaniel au bord de cette dernière à 8 km de son embouchure.

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Articque
le
nom Daniel dans la toponymie393 noms de lieux construits sur Daniel et ses variantes (37)
3 paroisses primitives du VIe s (Ploudaniel, Pleudaniel et Trédaniel)
l86 toponymes des Xe-XIe
s en Ker- et Lan-
7 du XIe s en -erie et
ty-
19 des XIe-XIIe s en loc
- et ville-
n
15 des XIIe-XIIIe s en -ais
n231 parcelles
l32 autres toponymes
l
Le faible nombre de toponymes dans le Finistère nord
, même comparé au Morbihan, peut surprendre. Les noms de lieux bretons du VIe siècle toutes étymologies confondues sont en effet autant présents dans cette zone que dans le nord des Côtes d'Armor, ce qui montre que les immigrants qui prennent la mer depuis le Cornwall sont aussi nombreux que ceux qui partent du Devon. La distance est d'ailleurs la même entre ces deux points de départ et l'Armorique.La
moindre présence du nom Daniel
au nord du Finistère est due au fait quun certain nombre dimmigrants, arrivés
sur la même pointe nord et ne trouvant pas où sétablir
près des côtes, traversent la péninsule armoricaine, via les rivières Trieux et Blavet, jusque dans
lintérieur des terres au sud. Elle trahit aussi le contournement du
Cornwall par les colons venant de Galles.
Seuls les trois
toponymes du VIe siècle,
Ploudaniel, Pleudaniel
et Trédaniel, attestent
de la colonisation effective
des Daniel à cette époque ; les autres représentent des lieux
habités ou exploités par des homonymes à une époque
ultérieure et montrent de quelle façon ils ont investi le
territoire. Dans tous les cas, la création dun nom de lieu
à une époque ninterdit pas la présence de porteurs de ce
nom au même endroit plusieurs siècles avant.
Les parcelles
répertoriées en 1974 mais datant de toutes les époques depuis
le Moyen Âge montrent la répartition des possessions
agricoles. Logiquement plus nombreuses dans les Côtes-dArmor,
souvent à proximité de toponymes plus anciens, elles précisent
les zones mises en valeur par des porteurs du nom.
Il faut toutefois rester prudent dans la lecture de ces cartes dont les valeurs ne sont pas exactement fonction de limportance et de la répartition de limmigration. De même, la colonisation bretonne n'explique pas à elle seule la présence du nom Daniel en Bretagne. En effet, des phénomènes de modes se développent. Des anthroponymes peu représentés, voire absents, au IXe siècle, connaissent une vogue souvent difficilement explicable : attesté dans le cartulaire de Redon seulement à deux reprises au IXe, le nom Daniel est porté par une quarantaine dindividus aux XIe et XIIe siècles (39). Il faut lêtre dautant plus avec les noms bibliques qui sont devenus très à la mode en Bretagne à partir de lan mil.
Le Vannetais
Dans lest du Vannetais, on observe une forte concentration du nom, en particulier à lintérieur du triangle Limerzel Lauzach Questembert où la proportion est une des plus élevées aujourdhui en Bretagne. Cette zone correspond au « couloir breton » (38) formé par les communes dArzal (passage de Noy), Marzan, Péaule, Limerzel, Pluherlin et Pleucadeuc, le long de la voie romaine nord-sud qui relie lembouchure de la Vilaine à la rivière Oust. Comme en témoigne le nombre important de toponymes en Tré-, il a été au VIe siècle un axe majeur de pénétration des colons bretons relégués sur des terres ingrates de landes et de forêts, en marge de Vannes trop densément peuplé à cette époque pour les accueillir. Une telle densité aujourdhui encore dans une région privilégiée de la colonisation bretonne laisse à penser que les descendants des immigrés du VIe siècle nont jamais quitté les lieux.
La présence assez homogène des
toponymes Kerdaniel en Cornouaille et dans le Vannetais plutôt dans lintérieur des terres est lindice de fondations dhabitats à loccasion des défrichages aux Xe et XIe siècles.
Le pays de Redon
En toute logique, le cartulaire de Redon (VIIIe-XIIe siècles) témoigne de
la présence bretonne (40). Il atteste quen 820 les Bretons sont déjà installés à lest de la Vilaine : Bourg-des-Comptes est à moitié breton ; Pipriac, Pléchatel et Renac le sont entièrement (41). Avessac, Pierric, Fougeray y présentent plus de 80% de noms de lieux et de personnes bretons. Cette présence reste encore forte à Guéméné-Penfao, Plessé et Bouvron ; à linverse de Luzanger, Derval et Savenay.
Daniel est le nom biblique le plus fréquent
du cartulaire avec 53 occurrences, contre près de 40 fois dans celui de Quimperlé. En comparaison, on y trouve seulement une douzaine de David alors que ce nom est aujourdhui davantage présent en patronymie comme en toponymie (42). La fréquence est telle quil est parfois déterminé par un surnom, phénomène encore peu fréquent à lépoque : Daniel Hethloni en 1100 à Frossay (44), Daniel Collober en 1105 à Redon. Les surnoms ne seront vraiment généralisés en France quà la fin du XIIe siècle, au moment où laccroissement de la population rendra nécessaire un complément pour différencier les individus, avant de devenir les premiers noms de famille.
le bassin de la
Vilaine et de ses affluents
Entre Ille-et-Vilaine et Loire-Atlantique, les
toponymes construits sur Daniel sont rares mais on trouve en particulier La
Daniellerie à Conquereuil (44) qui date du XIe siècle, et lHôtel
Daniel au Grand-Fougeray (35).
Les
abords des trois principales rivières de la basse Vilaine (Brivet, Don et Isac)
concentrent la majeur partie du peuplement
breton entre Redon et Nantes ce qui montre que la
colonisation a suivi étroitement les vallées. A partir du
moment où celles-ci ne sont plus navigables, la colonisation cesse (51).
Les paroisses d'Avessac, Guéméné-Penfao,
Pierric et de Fougeray se touchent et toutes
sont en contact avec une ou deux des rivières Vilaine, Don et
Chère. Pierric est même enclavé entre Fougeray et Conquereuil,
le long de la Chère. Il paraît évident que toutes ont
été colonisées via les cours deau.
La plus forte présence
des Bretons à Pierric et Fougeray quà Plessé, pourtant
situé 20 km plus près de lembouchure de la Vilaine,
montre la prépondérance de celle-ci comme voie de pénétration
sur les autres cours deau.
Une concentration si
forte aux IXe et XIIe siècles est lindice dune
présence plus ancienne et renforce lidée dune
arrivée du nom directement à Conquereuil et Fougeray dès
le VIe. Le déroulement de leur colonisation entre
Redon et Nantes apparaît ainsi clairement : dabord à
Avessac par la Vilaine, puis Guéméné-Penfao et Conquereuil par
le Don ; à Brain, Langon, Pierric et Fougeray par la
Vilaine, enfin à Mouais par la Chère qui borde ces trois
dernières paroisses.
Si Waroc, le chef breton du Vannetais, peut prendre Vannes en 578, battre les Francs sur la Vilaine au printemps 579 et avancer jusquà Corps-Nuds (16 km au sud-est de Rennes), dévaster le pays nantais à lautomne de la même année puis en 588, défaire à nouveau les Francs en 590 sur lOust et en 594 près de Rennes cest quil dispose de solidarités dans ces régions cest à dire dans tout le tiers sud de l
actuelle Ille-et-Vilaine et dans la moitié ouest de la Loire-Atlantique. La région de Guérande est entre ses mains car quand Félix, évêque de Nantes, vient plaider en 588 la cause des populations victimes des incursions bretonnes, il rencontre Waroc dans la résidence de ce dernier entre Guérande et Piriac. Tout ceci indique que lensemble du bassin de la Vilaine, bien que sous domination politique franque jusquau IXe siècle, est déjà colonisé par les Bretons dans le dernier tiers du VIe. Jean-Yves Le Moing, spécialiste de la Haute-Bretagne, se demande même si la basse Vilaine nest pas déjà entièrement bretonne au VIe siècle et si cette installation naurait pas commencé au Ve (52).
La nécessité pour les
Daniel de remonter la Vilaine jusquà
Fougeray pour trouver où sétablir témoigne de la forte
densité de population à cette époque et conforte lidée
dune arrivée relativement tardive, à un moment où les
côtes, toujours très recherchées, et une large part de larrière-pays sont déjà occupées.
La partie est du Grand-Fougeray où se trouve lHôtel Daniel, de même que la Dominelais et Saint-Sulpice-des-Landes, était au IXe siècle recouverte par la Forêt de Teillay. Il est probable quune famille Daniel se soit dabord installée dans la partie ouest au VIe siècle, actuelle Saint-Anne, via la Vilaine et la Chère, pu
is, à loccasion du défrichage partiel de cette forêt aux XIe et XIIe siècles, se soit installée plus à lest et ait fondé le hameau auquel elle a donné son nom.
La colonisation bretonne du pays de Redon sest aussi faite depuis la côte nord, via la Rance, le Meu et la Vilaine
qui forment la voie deau principale empruntée de longue date pour traverser la péninsule. Les paroisses de Ploërmel, Guipry, Plélan-le-Grand et Guichen auraient ainsi été fondées par des Bretons arrivés à travers la région de landes et la forêt centrale du Poutrecoët (Porhoët, pays à travers la forêt) qui couvraient alors le Centre-Bretagne (53).Lhypothèse dune traversée de lArmorique du nord au sud par les Daniel de Conquereuil et du Grand-Fougeray paraît peu vraisemblable pour les raisons détaillées plus haut : répartition des toponymes anciens et des anthroponymes, distance plus importante à parcourir,
faits historiques, y compris ceux survenus en grande Bretagne au VIe siècle.
Les événements de 577 et 578
Le déroulement des
événements outre Manche et dans le Vannetais dans la seconde
moitié du VIe siècle accrédite en effet lhypothèse
dune arrivée des Daniel à cette époque dans le bassin de
la Vilaine.
Sur lîle de Bretagne, à partir du milieu du VIe siècle, l
es Bretons sont en grande difficulté. Ils sont d'une part touchés par la peste bubonique, ou peste justienne, qui ravage la Bretagne et lIrlande de 547 à 551 (54). De Plus, cette épidémie, arrivée au sud du pays de Galles depuis Nantes et Bordeaux, ne touche pas les Saxons et les Angles avec lesquels les Bretons n'ont pas de contact. Elle participe au fait que, de tout temps, lémigration vers lArmorique atteint son maximum dans la période 540-550.Ils sont d'autre part battus en 552 à Old Sarum (Searobyrig) près de Salisbury dans le sud Wiltshire par les Saxons du Wessex conduits par Cynric, puis de façon décisive en 577 à Dyrham par les mêmes Saxons conduits par Cuthwine et Ceawlin qui prennent les villes bretonnes stratégiques de Gloucester, Cirencester et Bath. Les liaisons terrestres sont désormais très difficiles entre les Bretons établis de part et d'autre du canal de Bristol.

lattaque des
Saxons à Dyrham en 577
Au sud de lArmorique, cet afflux dimmigrés exerce une pression démographique qui pousse les Bretons du Vannetais
à trouver de nouveaux territoires à lest, mais elle apporte également des forces nouvelles à larmée du chef Waroc pour y parvenir, doù ses incursions dès 578 à lest de la Vilaine en territoire franc.
L'introduction du nom dans la basse Vilaine
Larrivée des
Daniel dans le bassin de la Vilaine a pu
se faire dans la première moitié du VIe siècle car entre 497
et 558
les Francs encouragent linstallation des Bretons en
Armorique et cette colonisation concerne surtout le nord ouest
et le sud de la péninsule. Les paroisses de Ploudaniel
dans le Finistère, de Pleudaniel et Trédaniel dans les
Côtes-d’Armor ont certainement été fondées à cette époque. Toutefois, une
arrivée lors de la dernière grande migration des années 550-580 paraît bien plus
probable car elle concerne particulièrement le Vannetais et le pays de Redon.
Une famille ou simplement un individu porteur du nom
aurait alors fuit lîle de Bretagne et se serait installé
par lembouchure de la Vilaine dans une des paroisses
bordant la rivière, peut-être même directement à Fougeray ou
dans celle primitive de Massérac-Guéméné qui incluait
lactuel territoire de Conquereuil.
Dans le dernier quart du VIe siècle, les Bretons sétablissent dans toute la basse Vilaine, fleuve frontière avec les Francs, de
497 à 753. Les colons sont en minorité dans une zone que se disputent les deux peuples mais dans laquelle larmée vannetaise gagne régulièrement du terrain par les offensives répétées de Waroc de 578 à 594. Ces colons établis en territoire hostile servent de point dappuis dans la conquête vers lest, lencouragent et la facilitent.
D’autres Daniel s’établissent à la même époque à l’est du Vannetais. Leur
histoire est la même mais leur itinéraire différent. Au lieu de remonter la Vilaine, ils empruntent le
couloir de paroisses primitives bretonnes alignées plus à
louest, de Arzal à Pleucadeuc, entre lembouchure du
fleuve et la rivière Oust le long de la voie romaine.
En pays nantais, La
Daniellerie à Conquereuil présente un profil similaire à
celui de lHôtel Daniel de Fougeray. Les deux lieux
sont à faible distance (12 km à vol doiseau), ils sont
chacun situés à proximité dune rivière affluente de la
Vilaine (le Don pour La Daniellerie, la Chère pour
lHôtel Daniel), et leurs paroisses se trouvent sur
la voie romaine qui part de Blain plus au sud et rejoint Rennes.
Les deux toponymes ne datent pas de la même époque (XIe siècle pour La Daniellerie, XVe pour lHôtel Daniel) mais des Daniel ont pu sy établir
au même moment plusieurs siècles avant.Compte tenu de leur
proximité géographique dans une zone où on ne trouve aucun
autre toponyme formé sur ce nom, lidée dun lien
familial entre leurs fondateurs est envisageable, de même que
leur histoire plus ancienne peut être commune. On peut supposer
la colonisation dun Daniel à Conquereuil à la fin du VIe
via la Vilaine et le Don, et parallèlement dun autre à
Fougeray via la Vilaine et la Chère. Ou encore
létablissement dun individu dans lun ou
lautre lieu, puis dun membre de sa famille dans le
second.
Dans les deux cas la
fondation du hameau a dû se faire à loccasion des
défrichements et déforestations entamés au XIe siècle. Celui
qui défriche et crée un établissement donne son nom au lieu
quil fonde. Cest certainement le cas à Conquereuil
puisque le XIe siècle est une période dintenses
défrichements. Cest sans doute le cas également à
Fougeray dont la partie est, où se trouve lHôtel
Daniel, était alors recouverte par la Forêt de Teillay dont il reste
aujourd’hui une partie à Saint-Sulpice-des-Landes.
Un travail plus important de défrichage du fait de cette forêt
a pu être loccasion dune fondation plus tardive.
Les colons bretons ne
déménagent et ne se déplacent pas toujours plus à lest
au fil des conquêtes de larmée bretonne entre le VIe et
le IXe siècle. Ils sétablissent plutôt dans un lieu
disponible, près du littoral dans les premiers temps aux IVe et
Ve siècles, puis toujours plus dans les terres au fur et à
mesure que les immigrants arrivent, mais chacun sinstalle
à proximité de lendroit où il arrive et y reste. Ils ne
sont pas arrivés dans le Vannetais pour migrer progressivement
et arriver à Conquereuil et Fougeray au IXe
siècle quand cette zone devient politiquement bretonne ; ce sont
les colons suivants qui sinstallent toujours plus à
lest et à lintérieur des terres dans un lieu
disponible. Il est ainsi plus probable que les Daniel de
Conquereuil et Fougeray sy soient établis dès leur
arrivée à la fin du VIe.
Les Daniel de notre
lignée vivent à Fougeray dans les lieux-dits le Coudray
et Branzan distants de 400 mètres de part et dautre
de lactuelle D54. Dans les archives, on nen trouve
aucun à lHôtel Daniel même. Toutefois, Branzan
étant situé à 250 mètres et cette famille y étant
domiciliée de façon avérée depuis au moins 1652, date du
mariage de Julien Daniel, il est presque certain quelle a
effectivement donné son nom à ce lieu-dit.
Ce nest que huit générations plus tard, avec linstallation à Saint-Just de François Daniel en 1898 quand il se marie avec Jeanne Tiger que nos Daniel quittent définitivement le Grand-Fougeray après, selon toute vraisemblance, y être restés treize siècles
(55).
VI - Résumé de
synthèse chronologique
Du proche Orient à
lîle de Bretagne
A lorigine, le nom
Daniel vient du quatrième grand prophète hébreu auquel un
livre du IIe siècle avant Jésus-Christ est consacré dans
lAncien Testament.
En 414, il est adopté
par un moine dAsie Mineure qui devient célèbre dans les
années 460 par ses prédictions et ses guérisons sous le nom de
Daniel le Stylite.
Parallèlement, en
grande Bretagne où le christianisme sest répandu au IIIe
siècle, les monastères se développent dès la fin du IVe
siècle en réaction à la corruption du clergé et aux
conversions de masse qui conduisent à des pratiques dévoyées.
Dans un souci de pureté, les moines cherchent à
sapprocher au plus près des sources de leur religion et se
lancent dans des pèlerinages vers les Lieux saints, Jérusalem,
Rome, Constantinople, mais aussi Ephèse, le désert égyptien
où vivent des ermites connus pour leur ferveur, les lieux de
Judée fréquentés par le Christ, Antioche dans lancienne
Syrie
Beaucoup de ces voyages se font par mer ce qui est moins dangereux, plus rapide et aussi plus pratique car des navires de Méditerranée fréquentent les côtes du Cornwall au sud-ouest de lîle et peuvent conduire les pèlerins à leur but. Cette région commerce en effet avec des marchands proche
-orientaux surtout attirés par létain dont elle est à cette époque le plus gros fournisseur, métal plus précieux que lor car nécessaire à la fabrication du bronze utilisé depuis plusieurs siècles dans la confection des armes. La région dispose aussi de plomb, de cuivre, elle fournit des chiens de chasse, des esclaves En échange, les navires orientaux apportent du vin, de lhuile, des olives, des céréales... De très importantes quantité damphores et de céramiques méditerranéennes des Ve et VIe siècles ont été retrouvées à Tintagel au nord du Cornwall plus que partout ailleurs dans lîle alors quon nen trouve très peu en Gaule, ce qui est le signe dune liaison maritime directe avec certains ports de Grèce, dEgypte, dAsie Mineure (Izmir, Ephèse), de Libye, Tunisie, ChypreCes voyages sont
loccasion de découvrir des murs différents, des
pratiques religieuses particulières, des mots nouveaux
Les
pèlerins découvrent les noms à la mode, ceux des saints et des
célébrités, des héros de la Bible comme Jérémie, Isaac,
Jacob, David, Daniel, Paul, Esaü, Josué, Abraham
très
populaires dans les territoires visités et qui leur deviennent
familiers.
Les séjours peuvent
durer plusieurs années, soit parce que les pèlerins souhaitent
rester plus de temps, soit parce quil ne leur est pas
toujours facile de trouver un armateur acceptant de les embarquer
pour retourner en Bretagne. Ils ont donc le temps de
simprégner des murs et du vocabulaire des régions
visitées.
Vers 489, à une
époque où les pèlerinages sont devenus fréquents, Daniel le
Stylite meurt à Constantinople. Cet événement fait quon
parle soudainement beaucoup de lui. Son nom se popularise et est
largement adopté.
Les pèlerins bretons présents à cette époque en Asie Mineure sont frappés par sa
célébrité, retiennent son nom et l’introduisent dans l’île de Bretagne vers 490 où ils le rendent
également populaire, de même que dautres noms bibliques.
Durant le Ve siècle, le
territoire des Bretons sest progressivement réduit au pays
de Galles, au Cornwall et au Devon, au sud-ouest de lîle,
suite au départ des troupes romaines en 411, puis à
linvasion des Saxons venus de Scandinavie. Cest de
cette région que partent les pèlerins et cest là
quils retournent, ce qui explique pourquoi les noms
bibliques, encore aujourdhui, se trouvent surtout
concentrés au sud-ouest de la Grande-Bretagne.
A cette époque, du fait du moins grand développement des pèlerinages en Orient chez les Gallo-romains et les Francs et parce quils ont moins de contacts commerciaux avec la Méditerranée, le nom Daniel narrive pas en Gaule, sauf à Marseille, port important de longue date, où il est introduit
dès le IIe siècle par d'autres pèlerins ou par des troupes romaines.
De lîle de
Bretagne à lArmorique
Lémigration des
Bretons vers lArmorique, entamée à la fin du IVe
siècle, atteint son maximum au milieu du VIe, entre 540 et 550,
avant une nouvelle vague vers 570-580 puis une diminution
progressive. Ils
sinstallent le long de la Loire et en Normandie, mais
surtout en Armorique du fait de sa proximité avec leur point
départ et y deviennent si nombreux que celle-ci change de nom
au VIe siècle pour sappeler désormais la Bretagne.
Beaucoup de Bretons qui
arrivent dans cette période portent des noms bibliques et
certains dentre eux sappellent Daniel. Pour cette
raison aujourdhui encore, quinze siècles après leur
arrivée, ce nom est en France surtout concentré en Bretagne.
Les immigrants prennent le chemin le plus court. Ceux qui partent du Devon sinstallent au nord dans les actuels Finistère et Côtes-dArmor et fondent la Domnonée, ceux qui partent du Cornwall sétablissent plus au sud-ouest et fondent la Cornouaille, ceux qui viennent du pays de Galles
participent également à la fondation de la Cornouaille mais beaucoup, arrivés plus tardivement, sinstallent où il reste de la place, surtout dans le Vannetais au sud.Les premiers à partir
sétablissent au plus près et le long du littoral toujours
très recherché. Les suivants sinstallent plus loin en
contournant la péninsule à mesure que le littoral est occupé,
puis entrent dans les terres. Durant le VIe siècle le plus gros
de la colonisation est accomplie.
Les noms de lieux
que lon trouve sur le littoral
des Côtes-dArmor et du Finistère nord (Kerdaniel,
Kerdanniou, Ploudaniel
) correspondent à une arrivée
fin Ve et début VIe siècle ; ceux rencontrés dans les
terres à lest du Vannetais et dans le pays de Redon (La
Ville Daniel, La Croix Daniel, La Danilais
) à une
arrivée à la fin du VIe. Ces noms de lieux ont été créés à
différentes époques du VIe au XIIIe siècles mais les noms de
personnes sur lesquels ils sont construits sont déjà présents
en Armorique souvent depuis le VIe.
Lintroduction
dans le pays de Redon
A partir de 550 dans lîle de Bretagne, les Saxons reprennent loffensive contre les Bretons et, en 577, gagnent une bataille décisive à Dyrham aux portes du pays de Galles. Cest loccasion dune nouvelle de vague de départs, une des dernières vagues importantes même si lémigration ne séteindra vraiment quau XIe siècle. A cette époque le littoral nord de l'Armorique est déjà très peuplé et
certains colons doivent trouver de la place ailleurs. Beaucoup entrent dans les terres où cela est possible, certains sinstallent dans la région de Vannes et autour de la Vilaine, entre son embouchure et Redon. Le nombre important de nouveaux arrivants renforce larmée de Waroc, chef breton du Vannetais, ce qui lui permet entre 578 et 594 de gagner plusieurs batailles contre les Francs dont le territoire est délimité par la Vilaine. Les colons bretons se soucient peu des frontières et sinstallent aussi loin quils peuvent en empruntant les cours deau, la Vilaine et les rivières affluentes, lOust, lAff, lIsac, le Don, la Chère
Dans ces années 550-580,
fuyant les agressions saxonnes, certains de ces Bretons qui
portent le nom Daniel quittent par bateau la région de
Carmarthen au sud du pays de Galles, contournent la péninsule
armoricaine jusquà lest du Vannetais, remontent la
Vilaine et la rivière Don pour sinstaller à Conquereuil
en Loire-Atlantique. Dautres remontent plus haut et
sinstallent à Fougeray en empruntant la rivière Chère.
Dautres encore, sétablissent dans lest du
Vannetais à louest de la Vilaine et au sud de la rivière
Oust où plusieurs paroisses majoritairement bretonnes sont accueillantes Marzan, Péaule, Limerzel, Pluherlin,
Pleucadeuc au milieu dautres densément peuplées de
Gallo-romains.
Ceux installés à
Conquereuil et Fougeray sont en territoire franc. Les Bretons y
sont minoritaires mais leur situation est suffisamment viable
pour quils y restent définitivement. Vers les IXe et Xe
siècles, ils deviennent majoritaires dans cette partie nord du
pays nantais enfin politiquement bretonne en 851.
Aux Xe et XIe siècles,
laccroissement de la population rend nécessaire le
défrichage pour augmenter la surface de terre cultivable. Les
descendants des Daniel de Conquereuil prennent part à ces
travaux et à cette occasion fondent le hameau La Daniellerie
dans un lieu gagné sur la friche.
A cette époque la
Forêt de Teillay, dont il reste aujourdhui une partie à
Saint-Sulpice-des-Landes, occupe encore la paroisse de Fougeray
jusquau bourg. Les descendants des Daniel établis là au
VIe siècle défrichent eux aussi et fondent le hameau lHôtel
Daniel dans lespace gagné sur cette forêt.
Les archives
détat civil, dont la tenue est imposée par
lordonnance royale de Villers-Cotterêts de 1539,
nexistent à Fougeray quà partir de la fin du XVIe
siècle et leur état de conservation les rend difficilement
exploitables. Le plus ancien ancêtre de notre lignée quil
a été possible dy trouver est François Daniel, marié en
1639.
Dans la même paroisse,
une deuxième branche Daniel de notre famille dont le plus
ancien membre trouvé est Julien Daniel, marié en 1652
vit jusquà la fin du XVIIIe siècle au hameau du Coudray
puis, aux alentours de 1790, déménage 400 mètres plus haut
pour sétablir à Branzan.
Branzan est
situé à 250 mètres de lHôtel
Daniel. Notre famille étant domiciliée dans ce lieu au vu
des archives depuis au moins deux siècles et demi, et selon les
conclusions de cette étude depuis les années 580, il est
quasiment assuré quelle lui a effectivement donné son nom.
Des recherches plus
poussées permettront peut-être de découvrir que ces deux
branches sont liées par un ancêtre commun. Toujours est-il que
depuis le XVIIe siècle, huit générations se succèdent au Coudray,
à Branzan et à La Claie, jusquà ce
quen 1898 François Daniel quitte le Grand-Fougeray pour
sétablir à Saint-Just et rejoindre son épouse Jeanne
Tiger.
Avec son départ
sachève une présence des Daniel de notre lignée à
Fougeray qui aura duré près de 1300 ans.
![]()
Sources et notes
(1)
données officielles de
lINSEE disponibles sur www.geopatronyme.com
(2)
Les noms racontent
la Bretagne, Michel Prizias, Ki-Dour Editions, 1999, p.59
(3)
Dictionnaire
des noms de famille bretons, Albert Deshayes, Le Chasse-Marée/ArMen,
1995, p.114
(4)
Dictionnaire
étymologique des noms et prénoms, Albert Dauzat, Librairie
Larousse, 1987
(5)
Dictionnaire
des noms de famille bretons, Albert Deshayes, Le Chasse-Marée/ArMen,
1995, p.43
(6)
Wikipédia http://en.wikipedia.org/wiki/Deiniol
(7) le nombre des recensés étant près de trois fois plus important que celui des naissances,
nous avons élevé les valeurs françaises en indexant le % le plus grand (Morbihan) à celui trouvé en Grande-Bretagne (Carmarthenshire). Les 20 variantes employées pour la France sont par ordre décroissant de valeur brute : Daniel, Deniel, Danielou, Dano, Denieul, Denniel, Danilo, Danigo, Denion, Danielo, Danic, Daniele, Deniard, Daniou, Dennielou, Danioux, Danilet, Danielli, Denieulle et Danieli.
(8) Llanelli 87 naissances (près
de Swansea), Abergwili 37 (contigu à Carmarthen), Pembrey 35 (ouest
de Llanelli), Llanegwad 34, Llangyndeyrn 26 (sud-est de
Carmarthen), Llangunnor 24 (contigu à Abergwili) et Llan-non 19
(nord de Llanelli).
(9) selon John Morris, St
Deiniol ne serait allé au nord-ouest pour fonder labbaye
du grand Bangor quaprès la mort du roi Maelgwyn vers 550 (The
Age of Arthur, a History of the British Isles from 350 to 650,
vol.3, J.Morris, Phillimore & Co, 1977, p.370). Les
opinions divergent aussi sur la date dérection de
labbaye de Bangor en cathédrale (546 ou 550), sur celle de
la mort de St Deiniol (554, 572 ou encore 584 selon Nennius) et sur celui qui la
consacré évêque, St David ou plus vraisemblablement St Dyfrig
(Dubricius) évêque de Ergyng. Quelles que soient ces
incertitudes, ce qui importe ici est quun Daniel vivait
dans cette région au début du VIe siècle. Sources :
Britannia : www.britannia.com/celtic/wales/
Welsh Biography Online
: yba.llgc.org.uk/en/s-DEIN-IOL-0584.htmlBritish History Online
: www.british-history.ac.uk/report.aspx?compid=47798
(10)
Démétie ou Demetia du
nom du peuple celte des Demetae. Ancien nom de la région sud-ouest
du pays de Galles divisée en 1284 en deux comtés,
Carmarthenshire et Pembrokeshire, regroupés en 1996 dans
lactuel Dyfed.
(11) Les royaumes
brittoniques au Très Haut Moyen Age, Christian Y.M. Kerboul,
éditions du Pontig, 1997, p.90
(12) Les royaumes brittoniques au Très Haut Moyen Age, Christian Y.M. Kerboul, éditions du Pontig, 1997, p.73
, 117 et 174
(14) cité par Jean Markale
dans Histoire de la Bretagne, tome I, Editions Pygmalion,
2003, p.146
(15)
selon J-M Ricolfis, le
nom de la commune de Trédaniel (Côtes-dArmor) vient « du saint
protecteur de léglise locale. Un Gallois qui vécut au VIe
siècle et fut évêque ; il fonda les deux villages de
Bangor, doù son nom de Daniel
Bangors (
). Cest de lui que viennent les
Daniel bretons et non du saint oriental
dont il avait emprunté le nom, Daniel le Stylite », in
Trédaniel, Histoire et Patrimoine, Bertrand
LHôtellier, S.P.C.M., 2000, p.17
(16) Three Byzantine Saints : Contemporary Biographies of St. Daniel the Stylite, St. Theodore of Sykeon and St. John the Almsgiver, traduit par Elizabeth Dawes, Londres, 1948, chap.3, cité par N.H.Baynes dans The Life of Daniel the Stylite, cf le site de Medieval Sourcebook, www.fordham.edu/halsall/basis/dan-stylite.html
(17) Saint Daniel fut un
disciple de linitiateur du stylisme Saint Siméon (389-459)
originaire de Syrie et qui passa 42 ans de sa vie en haut
dune colonne de 12 mètres.
(18) Welsh Biography Online
: yba.llgc.org.uk/en/s-DEIN-IOL-0584.html(19) en 1881, on comptait 588 Jeremy au pays de Galles sur 692 dans tout le Royaume-Uni soit un taux record de 85%. Joshua 171 sur 235 (73%), John (Jonas/Jean) 11.329 sur 20.176 (56%), Esau 38 sur 71 (54%), David 108.403 sur 242.747 (45%), Joseph 944 sur 2.779 (34%), Zacharie 21 sur 80 (26%), Isac 1.336 sur 7.180 (19%), Gabriel 153 sur 839 (18%), Daniel 2.638 sur 17.821 (15%), Mathew (Mathieu) 5.397 sur 44.616 (12%). Pour les Cornwall, Devon, Dorset, Gloucestershire, Somerset et Wiltshire : Job 496 sur 1.632 (30%), Eve 484 sur 1.810 (27%), Paul 2.264 sur 8.852 (26%), Luke 698 sur 3.020 (23%), Isac 1504 (21%), Mark (Marc) 1.972 sur 9.496 (21%), John 4.116 (20%), Mathew 7.135 (16%), Esau 11 (15%), Simon 5.808 sur 38.946 (15%), Salomon 512 sur 3.627 (14%), Joel 174 sur 1.267 (14%), Gabriel 114 (14%), Daniel 2.211 (12%), Moïse 379 sur 3.319 (11%), Jacob 1.097 sur 9.760 (11%), Adam 5.578 sur 50.209 (11%).
Données du pays hors individus expatriés ou militaires en mission doù, pour les Daniel, un écart avec la carte précédente. Source British Census 1881.(20) The Development of Christian Society in Early England, Tim Bond, 1998, sur Britannia
: www.britannia.com/church/bond1.html
(21)
dans une
lettre de 386-389 Ste Paula écrit à propos de Jérusalem : Le
Breton, séparé de notre monde, tourne le dos au soleil couchant,
et vient visiter des lieux qu'il ne connaissait que par la
renommée. A la même époque, St Jérôme de Stridon (340-420)
ajoute dans ses épîtres : les portes du ciel sont tout
aussi largement ouvertes aux Bretons dans leur patrie, quà
ceux qui viendront à Jérusalem. in Le voyage en Terre
Sainte, Jean-Claude Simn, Impact Livre, 2000, p.17
(22)
University of
(23)
carte tirée de Celtic
Britain, Charles Thomas, Thames & Hudson Ltd, 1997, p.59
(24) La Bretagne des
saints et des rois Ve-Xe siècle, André Chédeville et
Hubert Guillotel, éditions Ouest-France Université, 1984, p.176
(25) Naissance de la
Bretagne. Géographie historique et structures sociales de la
Bretagne méridionale de la fin du VIIIe à la fin du XIIe
siècle, Noël-Yves Tonnerre, 1994, Presses de
lUniversité dAngers, p.155
(26) site officiel de la commune dAbbaretz
: www.abbaretz.fr/article.php3?id_article=33(27) site du ferblantier américain Pewter Classics
: pewterclassics.com/history2FRench.htm(28) site de Upper Canada Village sur le métier de ferblantier
: www.parks.on.ca/village/francais/ftour24.htm
(29)
létain du
Cornwall sur le site de la
(30)
les versets 6 à 31 de
cette gwerz sont très proches des versets 9 à 26 de la sourate
18 du Coran. Le pèlerinage islamo-chrétien du Vieux-Marché,
Laurent Girard, sept. 1998, http://esteurop.free.fr/artic10/islamo10.html
Lemploi
de données brutes aboutit à la sur-représentation des
agglomérations urbaines et rend impossible la localisation de
berceaux du nom. Seule une carte des occurrences en % de la
population peut éventuellement mener à des conclusions. Les
taux très élevés dans certaines communes ne sont dûs
quà leur faible population ce qui fausse lexamen.
Ainsi Saint-Séglin en Ille-et-Vilaine donne un taux record de
244,5/10.000 (10 lignes téléphoniques attribuées à des Daniel pour 409
habitants), tout comme Saint-Fiacre dans les Côtes-d’Armor (144,9/10.000 ; 3
pour 207 hab.) alors que la moyenne est de seulement 20/10.000. Nous avons corrigé ce
biais en ramenant la valeur des 2% de communes les moins peuplées (21 communes
de
≤257
habitants + Saint-Séglin) à la valeur moyenne de
lensemble des 1031 communes où le nom est présent, ce qui
donne une palette de valeurs plus homogène et plus parlante. Sur
cette carte le taux le plus élevé est rencontré à Ploneour-Lanvern
dans le Finistère : 168.4/10.000 (28 lignes Daniel
pour 1668 habitants).
(34)
La Bretagne
des saints et des rois Ve-Xe siècle, André Chédeville et
Hubert Guillotel, éditions Ouest-France Université, 1984, p.24
(35)
carte tirée de lAtlas
dHistoire de Bretagne, Skol Vreizh, 2002, p.47
(36) Côtes-dArmor 157 toponymes construits sur le nom Daniel (40%), Morbihan 85 (22%), Finistère 58 (15%), Ille-et-Vilaine 57 (15%) et Loire-Atlantique 36 (9%)
.(37) Dans le Morbihan, deux toponymes du VIe siècle intéressants à première vue, Trédano à Sérent et Pouldano à Berric, nont pas été retenus car, selon Albert Deshayes (Dictionnaire des noms de lieux bretons, p.431), ils ont pour racine Tanou, du breton Tan, feu.
Les Kerdaniou et Kerdanio qui ont, selon lui, la même origine ont également été écartés, soit 3 dans les Côtes-dArmor et 6 dans le Finistère. Le même auteur présente pourtant les Kerdaniou de Plonevez-du-Faou (29) et Hengoat (22) et le Daniou de Bégard (22) comme construits sur Daniel. La toponymie nest pas une science exacte et on peut aussi se demander pourquoi A.Deshayes considère les Kerdano et Kerdanno sans rapport avec ce nom alors que dans son Dictionnaire des noms de famille bretons p.114, les patronymes Dano et Danno en sont bien des variantes. De même, comme vu plus haut, les formes Denoual et Denouel, sujettes à caution, nont pas été incluses, soit 12 toponymes (dont 11 parcelles) : 4 dans les Côtes-dArmor, 8 en Ille-et-Vilaine et 1 dans le Morbihan. Par prudence, nous avons cartographié à minima en écartant les formes non avérées. Retenir Trédano et Pouldano aurait pourtant modifié les conclusions en démontrant linstallation de Daniel dans le Vannetais dès le VIe siècle. Retenir les Denoual et Denouel en revanche naurait rien changé puisque aucun ne se trouve en basse Vilaine.
(38)
ce couloir breton est
largement décrit par Erwan Vallerie dans Communes bretonnes
et paroisses dArmorique, Editions Beltan, 1986, p.213
(39) Cartulaire de
labbaye Saint-Sauveur de Redon, Amis des Archives
historiques du diocèse de Rennes, Dol et Saint-Malo, HID, 1998,
p.58
(40) ce cartulaire comprend 391 actes en latin détaillant des donations, achats, règlements de litiges... qui ont marqué le Vannetais et l'Abbaye de Redon (fondée en 832) à la limite des zones bretonnes et franques de la fin du VIIIe siècle à la m
i-XIIe.(41) cité par Jean-Bernard Vighetti dans Charmes secrets des Pays de Vilaines, Editions des Paludiers, 1984, p.1
8
(42)
Lidentité
bretonne, lorigine des noms de personnes, Jean-Marie
Plonéis, Editions du Félin, 1996, p.186
(43)
fol. 101 verso, l.19
(44)
fol. 169 verso, l.3 et
fol 170, l.3
(45) fol. 185, l.20-21
(46) fol. 133, l.10
(47)
fol. 82, l.23
(48)
fol. 137 verso, l.6
(49) fol. 138, l.16
(50) Les noms racontent la Bretagne, Michel Priziac, Ki-Dour Editions,
1999, p.90(51) Naissance de la Bretagne. Géographie historique et structures sociales de la Bretagne méridionale de la fin du VIIIe à la fin du XIIe siècle, Noël-Yves Tonnerre, Presses de lUniversité dAngers,
1994, p.66
(52)
Les noms de lieux
bretons de Haute-Bretagne, Jean-Yves Le Moing, Editions Coop
Breizh, 1990, p.317
(53) Le
pays de Redon sous les rois bretons, J-M.Dupont, in Recherches en Pays de Vilaine, Groupement Culturel Breton des Pays de Vilaine, tome I, 1982, p.7
(54)
The Age of
Arthur, vol. 3, John Morris, Phillimore & Co Ltd, 1977, p.363
et p.511
(55) Fougeray devient Le Grand-Fougeray en 1847
.
Les
cartes montrant la répartition du
nom en France
et Grande-Bretagne