Histoire du nom Daniel, de l’Orient à la Bretagne, Ve-VIe siècles                                                                       par Philippe Daniel    contact

l’introduction du nom Daniel et des noms bibliques dans l’île de Bretagne, en Armorique et dans le pays de Redon                                    mise en ligne 02-01-2008      mise à jour 19-01-2009

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   I  Le nom en France

  II  Le nom en Grande-Bretagne

III  Une origine orientale

IV  L’introduction au pays de Galles

  V  L’introduction en Armorique

VI  Résumé de synthèse

 

 

I – Le nom en France

 

Au vu de leur répartition sur la période 1966-1990, l'origine bretonne du patronyme Daniel et de ses principales variantes apparaît clairement : (naissances en % de la population et valeur brute) (1) 

             DANIEL 6478                                         DANIC 94                                               DANIELO 107                                        DANILET 18                                           DANIOUX 28

             DANILO 231                                           DANION 291                                          DANO 624                                              DANIGO 136                                          DENIARD 33

               DENIAUD 697                                        DENIE 105                                             DENION 105                                          DENIEULLE 35                                      DENOUAL 632

             DANIAUX 65                                            DENIEUL 297                                          DANIOU 42                                             DANIELOU 430                                       DENIEL 934

             DENNIEL 135                                          DENNIELOU 24                                      DANIELE 162                                          DANIELLI 18                                            DANIELI 65

 

 

Plusieurs cartes laissent à penser que le berceau du nom est situé dans le sud de la Bretagne mais cette prépondérance est récente et il a en réalité depuis l’origine été plus présent au nord comme le confirme la répartition des noms de lieux. De 1891 à 1940, on compte davantage de naissances de Daniel dans les Côtes-d'Armor que dans le Morbihan. La tendance s'inverse sur la période 1941-1990 du fait d’une évolution différente de la démographie des deux départements. Une baisse des naissances plus rapide que celle de la population dans les Côtes-d'Armor fait que le nom y apparaît en plus faible proportion sur les cartes. Au XIXe siècle, cette plus faible proportion est due à la population élevée du département, mais c’est pourtant davantage au nord qu’il faut chercher un berceau régional.

 

On trouve en Bretagne d’autres variantes faiblement représentées : Dannic, Dannielou, Daniello, Denigo… dont certaines sont en voie de disparition : Danniellou, Denielou, Danniel, Danou, Danniou, Danio, Denio, Danigou

Dany, très présent à la Réunion, un peu en Guadeloupe mais aussi dans le Morbihan, est sûrement d’origine bretonne du fait de la présence des Bretons dans les colonies françaises depuis le XVIIe siècle.

L’origine de plusieurs formes proches reste assez incertaine. Danaire et Danais pourraient venir du breton tan, feu. Même prudence avec Dano, Danno et Dannot qui, du moins dans la toponymie, ont pour racine le breton tann, du gaulois tanno, chêne (2). Si l’anthroponyme Dano viendrait bien de Daniel selon Albert Deshayes (3), les Danet, Danot et Danon seraient des diminutifs de Jourdan d’après Albert Dauzat (4), ce qui paraît d’ailleurs surprenant puisqu’on ne les rencontre pas dans les mêmes régions.

Denoual et Denouel seraient issus du vieil irlandais domun, monde, domain, profond selon A.Deshayes (5) mais, d’après une autre source, Denoual est la forme armoricaine de Deiniol, elle-même forme galloise de Daniel (6).

Dané et Daney, concentrés en Aquitaine, viendraient de Danois qui désignaient les Scandinaves au Moyen Âge. Selon A.Dauzat, Dan, Danel et Daneau seraient tirés de dain, mais la forte présence des Dan dans le Calvados évoque aussi une origine scandinave, tout comme les Danin, Dannet, Dannon, Danican, Dano et Danet très présents en Normandie. Danard, présent dans les lieux fréquentés par les Vikings (Normandie, Haute-Bretagne, basse Loire), pourrait être à ranger dans la même catégorie.

Enfin, Denie et Danias, bien représentés en Haute Bretagne, restent d’origine douteuse.

 

Les contre-exemples de variantes majoritaires dans d’autres régions ne remettent pas en cause ce premier constat :

 

Daniau, Danieau, Daniot, Daniaud, Daniault (Vendée), Danniel (Eure-et-Loir), Deniau (Loir-et-Cher), Daniellot (Marne, totalement absent de Bretagne), Daniaud (Charente-Maritime), Daniault (Deux-Sèvres),  Danel, Danneau, Daneau, Danneaux, Denielle (Nord, Pas-de-Calais où la forme Denielle désigne celui qui vient de Nielles : Nielles-les-Ardres, Nielles-les-Bléquin, Nielles-les-Calais), Dannoux (Yonne, désigne celui qui vient d'Annoux), Danielis (sud-ouest), Daniels, Danels, Daneel, Daenen, Daene, Daenekint, Daeninck, Daeninckx, Danneels (Belgique et Flandres), Danis (nord et sud).

 

Si la plupart des variantes restent contenues dans les frontières bretonnes on ne distingue pas d’origine plus précise dans la région où chaque forme se concentre dans une zone particulière en fonction des différents dialectes.

 

 

 

II – Le nom en Grande-Bretagne

 

Une carte de leur répartition en Grande-Bretagne offre en revanche une mise en perspective et montre un lien évident avec le sud du pays de Galles.

 

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les Daniel en France et Grande-Bretagne 

17562 occurrences du recensement britannique de 1881 et 6229 naissances en France de 1891 à 1915

en % de la population par comté et département (7)

 

 

Cette concentration au sud du pays de Galles renvoie naturellement aux migrations des Bretons vers l’Armorique durant le haut Moyen Âge, pour l’essentiel du IVe au VIIe siècle.

Le Carmarthenshire est le comté où ils sont le plus présents en proportion, surtout entre Carmarthen et Swansea. Cette implantation est ancienne car, dans le recensement britannique de 1881, sur les 573 Daniel du comté, 532 y sont nés (93%). Sur les 498 dont on connaît le lieu de naissance, plus de la moitié sont issus de 7 communes de la baie de Carmarthen et tous entre Carmarthen et Llanelli sur une étendue de 23 km que l'on peut sans doute considérer comme le berceau européen du nom (8).

Plus à l'ouest, dans le Pembrokeshire, on les trouve concentrés entre Fishguard et Cardigan, puis dans le Cardiganshire autour d'Aberystwyth. Dans le Cornwall, ils sont surtout présents à l'extrême sud-ouest, autour de Penzance.

 

On ne rencontre nulle part la forme archaïque Deiniol, ni même Deniol, et un seul Deniel. En revanche, les Daniel sont nombreux sur tout le territoire, quoiqu’en proportion faible (0,06%). Le pays de Galles a été une terre d’émigration entre 1820 et 1870, surtout vers l’étranger mais aussi vers l’Angleterre, ce qui explique qu’on trouve des noms gallois en proportion importante dans d’autres régions de l’île. La plus forte concentration du nom au sud de la région pourrait s’expliquer par le fait que les monastères, foyers de l’église primitive dont le plus célèbre est celui de Llanilltud, y étaient beaucoup plus nombreux qu’au nord.

    

  

 

pays de Galles, Cornwall et Devon

villes et comtés

 

 

Saint Deiniol († v 554), évêque de Bangor (Caernarvorshire)

 

La forte présence de ce nom au pays de Galles est à rapprocher de Saint Deiniol, fondateur vers 525 de l’abbaye de Bangor au nord de la région et qui devient cathédrale quand il en est consacré évêque vers 550 (9).

Saint Deiniol est le premier personnage de Bretagne insulaire dont on ait trace à porter ce nom. Il a passé la plus grande partie de sa vie dans le nord-ouest du pays de Galles mais était originaire de Démétie dans le sud-ouest (actuel Dyfed) (10) où son nom est sans doute concentré depuis son époque.

Son épiscopat à Bangor a marqué la toponymie du nord et de l’ouest de la région. On remarque que les noms de lieux comprenant les racines dan et dein sont principalement situés le long de la côte ouest. Du nord au sud, nous trouvons Llanddaniel Fab dans l’île d’Anglesey, Llanddeiniolen et Deiniolen au sud de Bangor, Caerddaniel près de Harlech, Llanddeiniol dans le Cardiganshire, Llandenny au nord de Newport dans le Gwent. A l’extrémité sud-ouest, dans le Pembrokeshire, se trouve une église Saint Daniels à Pembroke Dock et, davantage dans les terres, Dandderwen. Autour de Carmarthen : Danygraig à l’ouest, Dan-y-banc et Dan-y-quarry au sud-est, Doleiddan à l’est. 

 

 

Daniel Drem Rud (†516), comte de Cornouaille armoricaine

 

Le nom Daniel était également présent en Armorique plus tôt encore, avant 516, puisque la généalogie des comtes de Cornouaille conservée à Landévennec, qui est une copie du XIIe siècle, mentionne un Daniel Drem Rud (Daniel au visage rouge), père ou prédécesseur du roi Budic jusqu'au règne de ce dernier (516-556) (11).

Toutefois, le fait qu’on trouve ce nom de notre côté de la Manche avant la fondation de l’abbaye de Bangor par Saint Deiniol ne veut pas dire qu’il soit arrivé en Armorique avant d’être introduit en Bretagne insulaire. A la fin du Ve siècle, un royaume est fondé dans notre Cornouaille sous le parrainage de celui de Carmarthen au pays de Galles, les deux royaumes ayant ensuite des relations suivies avec un va-et-vient constant jusqu'aux ravages des Vikings au IXe siècle. 

Ainsi Budic, roi de Cornouaille de 516 à 566, successeur de Daniel Drem Rud, menacé par son frère Maxentius à propos de la succession au trône, se réfugie à Carmarthen, et Aircol (Agricola) de Démetie envoie sa flotte et ses hommes en Armorique pour le rétablir dans ses droits. Peu après, en 575, quand Macliau veut imposer son fils Jacut (Jacob) comme roi de Cornouaille contre son neveu, le fils de Budic, Theodoric (Thierry, Teudiric ou Tewdwr Mawr), prétendant légitime, ce dernier trouve également refuge à Carmarthen chez ses oncles et cousins. Son beau-père, Urien, roi du Rheged au nord de l'île, et Voteporix, roi de Démétie, envoient alors armées et navires en baie de Quiberon en 577 pour une bataille au cours de laquelle Macliau et Jacut sont tués. Theodoric, petit-fils de Daniel Drem Rud, peut retourner en Armorique et s'installer vers Plounéour ou Plogastel où il devient, enfin mais brièvement, roi dans l'ouest d'une Cornouaille désormais partagée avec son cousin ennemi Waroc, fils de Macliau et frère de Jacut. Mouric, le fils de Theodoric, retourne lui au sud-est du pays de Galles où il devient roi suite à sa victoire de 584 contre le saxon Ceawlin, et où son fils, Morcant, donnera son nom au royaume : le Glamorgan (12).

 

Daniel Drem Rud est aussi donné pour avoir été roi des Albani ce qui l'aurait fait régner sur les deux rives de la Manche, les Albani étant les habitants d'Albion qui désigne la grande Bretagne (13). Ce comte est donc très lié au royaume de Carmarthen s’il ne l’a pas dirigé lui-même.

Une autre source, La Vie de Saint Méloir, rédigée au XIIe siècle, mentionne que la Cornouaille armoricaine a été fondée vers 500 par le chef insulaire Gradlon Meur, appelé Lex ou Regula, qui arriva avec une grande flotte dans ce territoire déserté, le mit en culture, et que ses descendants, Daniel puis Budic, lui succédèrent. Selon ce document Daniel Drem Rud est bien né en Bretagne insulaire car il avait nécessairement plus de 16 ans quand son règne s'achève en 516 (14), son nom lui a donc été donné outre Manche.

 

Daniel Drem Rud et Saint Deiniol ont des profils similaires : ils vivent à la même époque et sont tous les deux issus de et liés à la région de Carmarthen. Leur nom leur a été donné à la fin du Ve siècle et a selon toute vraisemblance été emprunté au même personnage.

 

 

Il est à noter que le nom Daniel revêt une importance particulière dans l'île de Bretagne. Dans son Historia Brittonum, compilation de divers textes anciens réalisée au début du IXe siècle, le moine breton Nennius décrit ainsi les "Ages du monde" : le 1er âge du monde va d'Adam à Noé ; le 2e de Noé à Abraham, le 3e d'Abraham à David, le 4e de David à Daniel, le 5e de Daniel à Jean-Baptiste. Le 6e de Jean au Jugement où Notre Seigneur Jésus Christ viendra juger les vivants et les morts et le monde par le feu.

Le moine breton Gildas (570) le mentionne une fois dans son De Excidio Britanniae rédigé vers 530-540, mais pour comparer la situation de l'île avec celle d'un pays évoqué dans le livre d'Ézéchiel (14,12) et fait donc référence au prophète : La parole du Seigneur me fut adressée en ces termes : Fils d’homme, si un pays péchait contre moi par infidélité et si j’étendais la main contre lui en lui supprimant le pain qui fortifie et en lui dépêchant la famine exterminatrice des bêtes et des gens, y eût-il en ce pays Noé, Daniel et Job, ils ne sauveraient qu’eux-mêmes par leur justice.

 

 

 

III – Une origine orientale

 

 

Le prophète Daniel

 

L'origine du nom Daniel renvoie naturellement à son tout premier porteur, qui est aussi le plus célèbre : l’un des quatre grands prophètes de l’Ancien Testament. Exilé à Babylone (587-538 av. JC, dans l’actuel Irak), il avait le don d'interpréter les rêves et aurait fait admettre à Nabuchodonosor la suprématie de Iahvé. Il fut jeté à deux reprises aux lions, mais ceux-ci s'éloignèrent de lui ce qui fut considéré comme un signe de Dieu. Le nom vient de l'hébreu daniyy'el (Dieu est juge) ; son livre a été écrit par un anonyme vers 168 av. JC.

 

 

Saint Daniel le Stylite (409 - † 489 ou 493)

 

Saint Deiniol et Daniel Drem Rud auraient en fait été nommés d’après une personnalité beaucoup plus proche d’eux dans le temps : Saint Daniel le Stylite, moine solitaire du Ve siècle (15).

Né en 409 à Maratha, en Anatolie (Asie Mineure, près de Samsat au sud-est de la Turquie), il a 5 ans quand ses parents le font consacrer dans un monastère. L’archimandrite décide que l’enfant doit porter le nom que Dieu révélera et lui demande de choisir un livre sur une table où il est de coutume de mettre différents ouvrages à la disposition des frères. L’enfant prend au hasard le Livre du prophète Daniel et est nommé ainsi (16).

Installé près de Constantinople en 451, il devient un fanatique et décide en 461, à l’image de son maître Saint Siméon, de vivre reclus en haut d’une colonne d’une douzaine de mètres d’où son nom de Stylite (17). Il devient très populaire et admiré en accomplissant des miracles et en guérissant des malades. Il donne des conseils aux grands de son époque dont l’empereur Zénon qui viennent le consulter. Il meurt après avoir passé une trentaine d’années sur sa colonne (18).

Selon toute vraisemblance, et comme ce fut le cas pour Saint Siméon, Daniel le Stylite a connu un accès de célébrité au moment de sa mort et, de ce fait, son nom a été largement popularisé dans les dernières années du Ve siècle.

 

La proximité entre sa disparition autour de 490 et l’activité de Saint Deiniol et Daniel Drem Rud au début du VIe siècle accrédite l’idée que les deux Bretons lui ont emprunté son nom devenu à la mode.

 

 

Se posent alors deux questions :

  quand et comment le nom hébreu Daniel et plus généralement les noms bibliques est-il arrivé d’Asie Mineure jusqu’au pays de Galles?

 quand et comment est-il arrivé du pays de Galles jusqu’au pays de Redon où nous le rencontrons dans les textes à partir du IXe siècle?

 

 

 

IV - L’introduction du nom au pays de Galles

 

 

Les noms bibliques

 

Le recensement britannique de 1881 montre que de nombreux noms tirés de la Bible sont particulièrement concentrés au pays de Galles : David, Joseph, Joshua, les quatre grands prophètes Daniel, Esau, Zacharie et Jeremy… Même constat dans le Cornwall, le Devon et les autres comtés bretons du sud-ouest où se trouvent en forte proportion des Mark, Luke, Paul, Eve, Isac, Jacob et surtout des Job (19). Sur 41 noms bibliques présents au Royaume-Uni, 38 le sont aussi dans ces régions bretonnes, et pour 13 d’entre eux la proportion y est supérieure à 20% du pays.

Certains sont également bien représentés dans notre Bretagne : Marc, Paul, Jacob, David, Isac, Abraham, Joseph… résultat de l’émigration bretonne du haut Moyen Âge même s’ils sont aussi présents dans d’autres régions françaises.

 

Une telle concentration d’anthroponymes du même type dans un même lieu évoque un contact direct, donc maritime, avec les Lieux saints du christianisme (Palestine, Asie Mineure, Égypte…), plutôt que par les autres voies de diffusion des idées, les grands axes de communication reliant les villes, et s’agissant de l’île de Bretagne via la Gaule et la Tamise. L’introduction de ces noms ne peut être que le résultat des pèlerinages au proche Orient qui naissent au IVe siècle et se développent massivement au Ve parallèlement au mouvement monastique. Impulsé par la visite de Victrice, évêque de Rouen, dans l'île vers 396 puis celles de Saint Germain d'Auxerre en 429 et 447, le monachisme est une recherche de pureté en réaction contre les conversions de masse des IIe et IIIe siècles et la corruption du clergé (20). En 411, les moines pèlerins sont déjà nombreux en Bretagne (21). Les pèlerinages sur les terres d’origine du christianisme sont la suite logique de ce repli sur la foi et de cette recherche de pureté religieuse.

 

La concentration importante des noms bibliques au pays de Galles est le signe que les Bretons étaient déjà regroupés dans l’ouest de l’île au moment de leur introduction et que les pèlerinages étaient suffisamment nombreux pour les populariser au point qu’ils perdurent de nos jours.

La période qui correspond le mieux à cette situation est le Ve siècle dans toute sa durée. Suite au départ des Romains de l’île en 383, 407 et 411, les Bretons sont en effet progressivement poussés vers l’ouest par l’arrivée des Saxons jusqu’à y être essentiellement rassemblés à la fin du siècle.

 

 

Le commerce de l'étain

 

L’archéologie apporte aussi des preuves de contacts entre le sud-ouest de la grande Bretagne et des cités méditerranéennes. Au nord du Cornwall, dans le Devon, à Dinas Powys près de Cardiff, autour du canal de Bristol, à South Cadbury (Somerset) et dans quelques ports d’Irlande et d’Écosse, ont été découvertes de grandes quantités d’amphores des années 450-530, rencontrées ailleurs uniquement en Méditerranée orientale (Carthage, Tunisie, Libye, vallée du Nil, Tel-Aviv, Haifa, Chypre, Izmir, Éphèse, Athènes…). Ces récipients à vin et à huile prouvent l’existence d’un commerce avec l’actuel proche Orient dans lequel les Bretons pouvaient fournir étain, plomb, cuivre, zinc, fer, vêtements de laine, chiens de chasse et esclaves.

Les fouilles entreprises à Tintagel dans les années 1930 par Ralegh Radford ont établi l’existence d'un comptoir marchand des Ve et VIe siècles. Lors de nouvelles fouilles en 1998, Chris Morris, de l’Université de Glasgow, a trouvé dans ce seul lieu davantage d’amphores méditerranéennes de cette période que sur tous les autres sites archéologiques britanniques et irlandais réunis ce qui démontre l’importance du trafic (22).

 

Au début du VIIe siècle encore, le récit de la vie du saint chypriote John the Almsgiver mentionne l’arrivée en grande Bretagne d’un navire égyptien venu échanger sa cargaison de blé contre de la monnaie et de l’étain. L'étain, absent du bassin méditerranéen, est depuis la préhistoire un métal rare plus convoité que l'or. Associé en faible quantité au cuivre il forme l'alliage de bronze, un métal dur, parfait pour fabriquer des armes dont l'efficacité est très supérieure à celles en silex et en pierre. Il est resté en usage jusqu’au Moyen Âge. La route principale de l’étain est maritime, terrestre et fluviale (via la Loire et le Rhône) depuis 600 av. JC au moment où ce commerce commence à céder la place à celui du fer, mais une route maritime était encore pratiquée aux VIe et VIIe siècles car on imagine mal pour quoi d’autre que l’étain les navires chargés des amphores découvertes venaient à Tintagel et dans les autres ports de Bretagne.

 

 

(23)

 

répartition de deux types d’amphores datant de 450-530 

 

 

Les récipients antiques se rencontrent en grande Bretagne presque uniquement au sud-ouest, en zone bretonne. Ils sont absents des littoraux atlantiques de la Gaule ce qui témoigne de l’existence d’une route directe depuis la Méditerranée, sans escale en Armorique à cette époque. Les commerçants de Gaule atlantique ne prendront le relais de ce commerce qu'au début du VIIIe siècle.

Il faut sans doute voir dans l’absence du nom en Gaule le fait que Gallo-romains et Francs faisaient peu de pèlerinages en Orient au Ve siècle au moment où il y était populaire. Sans doute n'en faisaient-ils pas davantage avant la fixation des surnoms en noms de famille au XIe siècle car, si tel était le cas, les noms bibliques seraient présents le long du Rhône et de la Loire, axes privilégiés de déplacement. 

Ils devraient aussi être mieux représentés à Marseille, ville importante de la Méditerranée et port d’embarquement évident pour des pèlerins souhaitant se rendre en Orient, comme il le sera pour les croisés du XIe au XIIIe siècles, or à part Paul, Pacôme, Raphaël et Jourdan on n’y trouve très peu de noms de ce type.

 

Il existe pourtant à la fois de l’étain et des traces de contacts avec l’Orient dans l’Armorique du VIe siècle, en particulier une pièce de bronze frappée à Carthage en 585 retrouvée dans la mine d’étain d’Abbaretz (50 km au nord de Nantes) et qui, selon André Chédeville, prouverait qu’au début de la période mérovingienne au moins, le monde méditerranéen continuait de s’approvisionner en étain dans nos régions (24). C’est sans doute la même découverte qui fait dire à Noël-Yves Tonnerre qu’en Armorique l’étain avait joué un rôle important dans les échanges du VIe (25). Pourtant selon la commune d’Abbaretz elle-même, si cette mine a bien été exploitée dès 1200 av. JC et à été l’une des sources d’étain les plus importantes du monde antique, rien ne prouve une quelconque activité entre le IIIe et le XXe siècle (26).

Cette pièce de monnaie du VIe est un bien mince indice de lien avec l’Orient comparée aux quelque 900 morceaux d’amphores retrouvés sur le seul site de Tintagel qui a été bien davantage fréquenté par les navires orientaux sans doute parce qu’en plus d’être les plus anciennes (exploitées depuis 1700 av. JC), les mines du Cornwall étaient les plus grandes du monde connu et qu’on y trouvait aussi du cuivre et du plomb (27).

Bien après l’Antiquité, le Cornwall fournissait encore la plus grande partie de l'étain exporté dans le monde et a continué de le faire jusqu’aux années 1870 (28). Ce n’est qu’avec la chute des cours en 1985 que la grande mine de Geevor ferme en 1986, puis celle de South Crofty en 1998 (29).

Une des routes de l’étain traversant l’Armorique entre le Cornwall et la Loire (avant de rejoindre le Rhône), il n’est pas exclu que cette pièce de 585 ait été donnée en route par un quelconque intermédiaire breton, gaulois ou franc aussi bien que par un Oriental.

L’Armorique avait certes cinq mines d’étain et quatre de plomb argentifère mais les capacités de production étaient inférieures et la province ne possédait pas de cuivre. D’autre part, aucune de ces mines n’était à proximité immédiate de la mer – hormis celle d’étain à Piriac (44) – et n’offrait donc les mêmes facilités d’enlèvement que celles du Cornwall.

Un autre indice souvent évoqué de lien entre Armorique et Méditerranée est le culte des Sept Saints Dormant d’Ephèse dans la commune du Vieux-Marché (Côtes-d’Armor), qui fait aussi l’objet d’un pèlerinage. L’origine de ce culte n’est pas daté, toutefois une similitude a été établie par l’orientaliste Louis Massignon entre les paroles de la gwerz – chanson bretonne – chantée pendant le pardon et un des passages du Coran, auquel cas cette pratique daterait au moins du VIIe siècle ce qui est postérieur à la période qui nous occupe ici (30).

 

 

Le rôle des pèlerins

 

Les liaisons maritimes commerciales entre l’île de Bretagne et l’Orient devaient donc permettre à des pèlerins bretons d’aller visiter les Lieux saints du christianisme : Jérusalem, Rome, l’Asie Mineure (actuelle Turquie)… par une voie plus sûre et plus rapide que la terre, pour se plonger aux sources de leur foi et rencontrer les moines célèbres de leur temps, modèles de pureté chrétienne (Saint Antoine, Saint Siméon, Saint Daniel, Saint Jérôme…). Ils revenaient de leur séjour par le même moyen, parfois après plusieurs années, ramenant dans leur pays des idées, des mots et des noms. Selon l’historien anglais Charles Thomas, ils ont à la fois accéléré le développement des idées chrétiennes déjà présentes en grande Bretagne et popularisé les noms de héros bibliques ou chrétiens qui étaient à la mode dans les lieux visités.

S’il est probable que ces pèlerins se soient rendus à Constantinople, lieu de décès de Daniel le Stylite et principale ville de pèlerinage avec Rome et Jérusalem, il est très vraisemblable qu’ils soient également allés à Éphèse où la Vierge Marie a fini ses jours, en compagnie de l’apôtre Jean qui a écrit son évangile dans cette cité et y est mort en 101. La présence de ces deux personnages a suffi pour en faire un lieu important de pèlerinage. L’apôtre Paul (†65) y fut également actif pendant plus de trois ans. Éphèse apparaît aussi dans le Nouveau Testament comme l'une des sept villes citées dans l’Apocalypse. C’est un port important ouvert sur la Mer Égée.

 

Selon toute vraisemblance, ces pèlerins ont introduit le nom Daniel dans l’île de Bretagne entre le moment du décès de Saint Daniel le Stylite à Constantinople vers 490 et celui où le nom est relevé pour la première fois en Bretagne en 516.

Une introduction juste après la disparition du saint paraît plus probable que dans la première décennie du VIe siècle car la popularité d’une célébrité est toujours beaucoup plus grande immédiatement après son décès.

L'hypothèse la plus probable est un décès du Stylite en 489, une introduction du nom en Bretagne vers 490 et une naissance de Daniel Drem Rud la même année ce qui lui fait terminer son règne en 516 à l'âge de 27 ans. Si l'introduction du nom et le baptême du comte de Cornouaille avaient eu lieu en 500 ce dernier aurait fini son règne à seulement 16 ans ce qui semble peu vraisemblable.

 

Les mêmes types de poteries ont également été trouvés près de Nice et Marseille où on rencontre les formes Danielli, Danieli et Daniele. Cette dernière est également très présente dans le Piémont au nord de l'Italie. Le plus ancien porteur connu du nom en Occident étant Daniel de Padoue (†168) en Vénétie, au nord-est, où les formes Daniel et Danieli sont encore concentrées de nos jours, il est vraisemblable que le nom a été introduit dans le sud-est de la France actuelle dès le IIe siècle, donc sans l'intervention de Bretons. La concentration du nom en Vénétie reste cependant très inférieure à celle rencontrée dans le Carmarthenshire (0,04% de la population contre 0,46%) (31).

 

 

 

V - L’introduction du nom en Armorique

 

L’introduction du nom Daniel au pays de Galles à la fin du Ve siècle et l’étroitesse des liens commerciaux entre la Méditerranée et le Cornwall aux Ve et VIe amènent à penser qu'il est arrivé sur notre côté de la Manche uniquement depuis l’île de Bretagne où il est surtout concentré autour de Carmarthen. Tentons d’esquisser son trajet jusqu'au pays de Redon et de définir l’époque de ce déplacement.

 

 

La répartition du nom dans l'Ouest

 

Une carte montrant la répartition actuelle des Daniel et des noms de lieux correspondants permet de deviner les parcours empruntés depuis l’île et de localiser certains points de chute : entre Lannion et Saint-Brieuc pour le nord, dans la Baie d’Audierne en Cornouaille, près de Lorient et de Vannes pour le sud. On trouve logiquement une plus forte concentration de toponymes dans le nord au plus près du point de départ des colons.

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 le nom Daniel dans la toponymie et la patronymie

174 toponymes l et 4671 occurrences du nom et ses variantes (en bleu) sur 1031 communes de 9 départements (32)

toponymes de l'IGN et occurrences de l'annuaire téléphonique de 1997 en % de la population de chaque commune 

 

 

Certains toponymes situés à l’intérieur des terres signalent qu’à l’époque de l’arrivée de porteurs du nom plusieurs parties littorales ne sont déjà plus disponibles. Les premières migrations massives de Bretons avaient commencé dès 383, et les colons – près de 100.000 sur plusieurs siècles (33) viennent s’ajouter à la population gauloise indigène.

 

 

Les routes de l'émigration

 

Selon le schéma habituellement retenu, les habitants du Devon fondent la Domnonée au nord, ceux du Cornwall s'installent dans tout le Finistère et une partie d'entre eux fonde la Cornouaille au sud-ouest. Ceux du pays de Galles rejoignent leurs compatriotes en s’établissant où il reste de la place, surtout au sud, à une époque plus tardive quand la région est déjà rebaptisée, d’où la rareté des toponymes gallois (34).

C’est depuis les côtes sud du Cornwall et du Devon que le trajet est le plus court pour atteindre l’Armorique. De nombreux Gallois passent logiquement dans ces deux comtés et les traversent, le plus souvent via les rivières Tamar et Exe, afin de réduire au maximum la partie maritime du voyage. Ils abordent donc les mêmes côtes nord, de Trégastel à Paimpol, que les émigrants du Devon. Certains Gallois plus à l'ouest (Pembrokeshire et Carmarthenshire) se lancent en mer directement depuis leurs côtes ce qui les fait contourner la péninsule jusqu’à l'aborder sur son littoral sud et effectuer un trajet plus long, jusqu'à 650 km pour ceux qui atteignent l'embouchure de la Vilaine. La proximité entre le dialecte vannetais et la langue galloise prouve que les Gallois ont largement colonisé le sud-est de l’Armorique.

 

 

Les Bretons sont déjà installés près de Vannes au début VIe siècle mais les noms de paroisses préfixés en Plou-, Plo-, Pleu-, Plu-, Plé- et Tré-, typiques de cette époque, se trouvent à l’ouest de la ville et complètement à l’est, le long de la voie romaine nord-sud située entre Vannes et Redon. L’absence de toponyme de ce type construit sur Daniel dans le Vannetais est le signe de l’arrivée de relativement peu de porteurs du nom et seulement à partir de la seconde moitié du VIe siècle. Le fait que la région de Vannes est plus densément peuplée de Gaulois et de Romains que le reste de l’Armorique peut expliquer une colonisation des Daniel plus à l’intérieur des terres dans cette zone.

 

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frontière politique entre Bretons et Francs

de 497 à 753 ––––   de 753 à 840 ––––   de 851 à 915 ––––

 

 

Le contexte historique

 

La frontière de 497 à 753, en orange, est essentiellement naturelle, le long de la Rance, du Meu et d’une partie de la Vilaine, pendant une longue période de 250 ans. Mais, comme nous le verrons, elle n’a pas empêché des colons de s’installer plus à l’est dès le VIe siècle, en particulier dans la basse Vilaine.

Suite à un accord de paix conclu en 497 avec les Armoricains, le franc Clovis (roi de 481 à 511) et son fils Childebert (roi de 511 à 558) permettent l’arrivée massive de Bretons en Armorique pour nettoyer les côtes, en particulier la vallée de la Rance, des pirates saxons avec l’arrière-pensée de leur laisser le champs libre pour éventuellement conquérir la Bretagne insulaire contre ces derniers. Childebert souhaite aussi pouvoir s’appuyer sur les Bretons dans ses démêlés avec ses frères, notamment Clotaire. Durant leurs deux règnes, les Bretons deviennent très nombreux en proportion chez les Osismes, les Vénètes et dans une moindre mesure chez les Coriosolites. 

Childebert a aussi favorisé l’installation des Bretons en Normandie et leur présence observée dans le Cotentin pourrait dater de cette époque même si les toponymes qui s’y trouvent paraissent dater du bas Moyen Âge.

 

La frontière de la période 753-840, en rouge, qui contourne la limite occidentale de la tribu gauloise des Coriosolites formée par les rivières Gouet et Oust, résulte de l’offensive militaire de Pépin le Bref qui conduit à un repli des Bretons. A cette époque le gros de la migration étant accompli, il est peu probable que cet événement ait pu peser sur la répartition des toponymes qu’on trouve concentrés à l’ouest et au sud. Ainsi, la forte présence des noms dans le Trégor est sans doute simplement due à la proximité avec le Devon, sans lien avec une frontière politique.

 

La frontière de 851 à 915, en vert, est établie après la victoire du prince breton Erispoë sur le roi franc Charles le Chauve et délimite la zone maximale d’influence des Bretons, jusqu’à Angers. Il est logique de ne trouver pratiquement aucun Daniel au-delà.

 

(35)

 

l’Armorique au Ve siècle

tribus gauloises et réseau routier  

 

 

Il est à noter que les Daniel au XXe siècle se trouvent globalement à proximité des toponymes formés sur leur nom au Moyen Âge. L’écart entre plages bleues sombres et points rouges montre ici d’assez faibles mouvements des familles sur les dix derniers siècles. Les déplacements se sont faits pour la plupart vers l’intérieur des terres et illustrent la conquête de l’homme sur la forêt et la friche.

On observe toutefois une des plus fortes concentrations aujourd’hui autour de Maure-de-Bretagne, Pipriac et Messac, dans une zone où il n’y a pas de nom de lieu correspondant. Les archives du XIXe siècle montrent que ceux de notre lignée établis à Renac et Messac sont originaires du Grand-Fougeray. D’autres Daniel très présents dans ces communes pourraient venir de l’est du Morbihan où la concentration des toponymes formés sur ce nom est importante.

 

 

Les toponymes construits sur le nom en Armorique

 

Une carte des toponymes de différentes époques, augmentés de 231 parcelles, confirme une présence plus importante au nord. 40% des noms de lieux construits sur Daniel se trouvent dans les Côtes-d’Armor (36), particulièrement regroupés dans la région de Guingamp, ce qui laisse deviner un point de chute sur les côtes très découpées allant de Trégastel à Paimpol et un point de départ depuis les côtes du Devon où les porteurs du nom sont pourtant peu présents dans le recensement de 1881. Comme vu plus haut, ils partent en fait du sud pays de Galles et traversent le Devon via la Tamar et l'Exe pour rejoindre la Manche. De là, ils longent vers le sud jusqu’à la pointe de Start Point d’où ils se lancent dans une traversée de la Manche de 155 km et atteignent l’extrémité nord de l’Armorique. Beaucoup s’engagent dans les rivières Jaudy et Trieux, et quelques-uns fondent Pleudaniel au bord de cette dernière à 8 km de son embouchure.

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le nom Daniel dans la toponymie

393 noms de lieux construits sur Daniel et ses variantes (37)

3 paroisses primitives du VIe s (Ploudaniel, Pleudaniel et Trédaniel) l

86 toponymes des Xe-XIe s en Ker- et Lan- p

7 du XIe s en -erie et ty- q

19 des XIe-XIIe s en loc - et ville- n

15 des XIIe-XIIIe s en -ais n

231 parcelles l

32 autres toponymes l

  

Le faible nombre de toponymes dans le Finistère nord, même comparé au Morbihan, peut surprendre. Les noms de lieux bretons du VIe siècle – toutes étymologies confondues – sont en effet autant présents dans cette zone que dans le nord des Côtes d'Armor, ce qui montre que les immigrants qui prennent la mer depuis le Cornwall sont aussi nombreux que ceux qui partent du Devon. La distance est d'ailleurs la même entre ces deux points de départ et l'Armorique. 

La moindre présence du nom Daniel au nord du Finistère est due au fait qu’un certain nombre d’immigrants, arrivés sur la même pointe nord et ne trouvant pas où s’établir près des côtes, traversent la péninsule armoricaine, via les rivières Trieux et Blavet, jusque dans l’intérieur des terres au sud. Elle trahit aussi le contournement du Cornwall par les colons venant de Galles.

 

Seuls les trois toponymes du VIe siècle, Ploudaniel, Pleudaniel et Trédaniel, attestent de la colonisation effective des Daniel à cette époque ; les autres représentent des lieux habités ou exploités par des homonymes à une époque ultérieure et montrent de quelle façon ils ont investi le territoire. Dans tous les cas, la création d’un nom de lieu à une époque n’interdit pas la présence de porteurs de ce nom au même endroit plusieurs siècles avant.

 

Les parcelles – répertoriées en 1974 mais datant de toutes les époques depuis le Moyen Âge – montrent la répartition des possessions agricoles. Logiquement plus nombreuses dans les Côtes-d’Armor, souvent à proximité de toponymes plus anciens, elles précisent les zones mises en valeur par des porteurs du nom.

 

Il faut toutefois rester prudent dans la lecture de ces cartes dont les valeurs ne sont pas exactement fonction de l’importance et de la répartition de l’immigration. De même, la colonisation bretonne n'explique pas à elle seule la présence du nom Daniel en Bretagne. En effet, des phénomènes de modes se développent. Des anthroponymes peu représentés, voire absents, au IXe siècle, connaissent une vogue souvent difficilement explicable : attesté dans le cartulaire de Redon seulement à deux reprises au IXe, le nom Daniel est porté par une quarantaine d’individus aux XIe et XIIe siècles (39). Il faut l’être d’autant plus avec les noms bibliques qui sont devenus très à la mode en Bretagne à partir de l’an mil.

 

 

Le Vannetais

 

Dans l’est du Vannetais, on observe une forte concentration du nom, en particulier à l’intérieur du triangle Limerzel – Lauzach – Questembert où la proportion est une des plus élevées aujourd’hui en Bretagne. Cette zone correspond au « couloir breton » (38) formé par les communes d’Arzal (passage de Noy), Marzan, Péaule, Limerzel, Pluherlin et Pleucadeuc, le long de la voie romaine nord-sud qui relie l’embouchure de la Vilaine à la rivière Oust. Comme en témoigne le nombre important de toponymes en Tré-, il a été au VIe siècle un axe majeur de pénétration des colons bretons relégués sur des terres ingrates de landes et de forêts, en marge de Vannes trop densément peuplé à cette époque pour les accueillir. Une telle densité aujourd’hui encore dans une région privilégiée de la colonisation bretonne laisse à penser que les descendants des immigrés du VIe siècle n’ont jamais quitté les lieux.

La présence assez homogène des toponymes Kerdaniel en Cornouaille et dans le Vannetais plutôt dans l’intérieur des terres est l’indice de fondations d’habitats à l’occasion des défrichages aux Xe et XIe siècles.

 

 

Le pays de Redon

 

En toute logique, le cartulaire de Redon (VIIIe-XIIe siècles) témoigne de la présence bretonne (40). Il atteste qu’en 820 les Bretons sont déjà installés à l’est de la Vilaine : Bourg-des-Comptes est à moitié breton ; Pipriac, Pléchatel et Renac le sont entièrement (41). Avessac, Pierric, Fougeray y présentent plus de 80% de noms de lieux et de personnes bretons. Cette présence reste encore forte à Guéméné-Penfao, Plessé et Bouvron ; à l’inverse de Luzanger, Derval et Savenay.

 

Daniel est le nom biblique le plus fréquent du cartulaire avec 53 occurrences, contre près de 40 fois dans celui de Quimperlé. En comparaison, on y trouve seulement une douzaine de David alors que ce nom est aujourd’hui davantage présent en patronymie comme en toponymie (42). La fréquence est telle qu’il est parfois déterminé par un surnom, phénomène encore peu fréquent à l’époque : Daniel Hethloni en 1100 à Frossay (44), Daniel Collober en 1105 à Redon. Les surnoms ne seront vraiment généralisés en France qu’à la fin du XIIe siècle, au moment où l’accroissement de la population rendra nécessaire un complément pour différencier les individus, avant de devenir les premiers noms de famille.

 Le cartulaire mentionne un Daniel à Langon en 801 (43), un autre à Mouais en 1104 (44), à Ballac (en Pierric) en 1148 (45), trois communes contiguës à Fougeray et toutes bordées par la Vilaine, la Chère ou par les deux. Il en cite un à Gannedel en Brain-sur-Vilaine en 913 (46), à Carentoir en 827 (47), à Lohéac en 1081 (48), à Rennes en 1009 (49).

 

 

le bassin de la Vilaine et de ses affluents

 

 

Entre Ille-et-Vilaine et Loire-Atlantique, les toponymes construits sur Daniel sont rares mais on trouve en particulier La Daniellerie à Conquereuil (44) qui date du XIe siècle, et l’Hôtel Daniel au Grand-Fougeray (35). Au Moyen Âge hôtel signifie habitation et désigne aussi une partie de la voie chaussée. On en trouve 56 dans les Côtes-d’Armor, 2 dans le Finistère, 29 en Ille-et-Vilaine, 29 en Loire-Atlantique et 37 dans le Morbihan (50). L’Hôtel Halna (en Lamballe, 22) est cité en 1423, l’Hôtel Seignac (en Guérande, 44) en 1679. L’Hôtel Daniel au Grand-Fougeray doit pouvoir être daté du XVe siècle mais l’installation en ce lieu de porteurs du nom est de toute évidence bien antérieure.

 

Les abords des trois principales rivières de la basse Vilaine (Brivet, Don et Isac) concentrent la majeur partie du peuplement breton entre Redon et Nantes ce qui montre que la colonisation a suivi étroitement les vallées. A partir du moment où celles-ci ne sont plus navigables, la colonisation cesse (51). Les paroisses d'Avessac, Guéméné-Penfao, Pierric et de Fougeray se touchent et toutes sont en contact avec une ou deux des rivières Vilaine, Don et Chère. Pierric est même enclavé entre Fougeray et Conquereuil, le long de la Chère. Il paraît évident que toutes ont été colonisées via les cours d’eau.

La plus forte présence des Bretons à Pierric et Fougeray qu’à Plessé, pourtant situé 20 km plus près de l’embouchure de la Vilaine, montre la prépondérance de celle-ci comme voie de pénétration sur les autres cours d’eau. Une concentration si forte aux IXe et XIIe siècles est l’indice d’une présence plus ancienne et renforce l’idée d’une arrivée du nom directement à Conquereuil et Fougeray dès le VIe. Le déroulement de leur colonisation entre Redon et Nantes apparaît ainsi clairement : d’abord à Avessac par la Vilaine, puis Guéméné-Penfao et Conquereuil par le Don ; à Brain, Langon, Pierric et Fougeray par la Vilaine, enfin à Mouais par la Chère qui borde ces trois dernières paroisses.

 

Si Waroc, le chef breton du Vannetais, peut prendre Vannes en 578, battre les Francs sur la Vilaine au printemps 579 et avancer jusqu’à Corps-Nuds (16 km au sud-est de Rennes), dévaster le pays nantais à l’automne de la même année puis en 588, défaire à nouveau les Francs en 590 sur l’Oust et en 594 près de Rennes c’est qu’il dispose de solidarités dans ces régions c’est à dire dans tout le tiers sud de l’actuelle Ille-et-Vilaine et dans la moitié ouest de la Loire-Atlantique. La région de Guérande est entre ses mains car quand Félix, évêque de Nantes, vient plaider en 588 la cause des populations victimes des incursions bretonnes, il rencontre Waroc dans la résidence de ce dernier entre Guérande et Piriac. Tout ceci indique que l’ensemble du bassin de la Vilaine, bien que sous domination politique franque jusqu’au IXe siècle, est déjà colonisé par les Bretons dans le dernier tiers du VIe. Jean-Yves Le Moing, spécialiste de la Haute-Bretagne, se demande même si la basse Vilaine n’est pas déjà entièrement bretonne au VIe siècle et si cette installation n’aurait pas commencé au Ve (52).

 

La nécessité pour les Daniel de remonter la Vilaine jusqu’à Fougeray pour trouver où s’établir témoigne de la forte densité de population à cette époque et conforte l’idée d’une arrivée relativement tardive, à un moment où les côtes, toujours très recherchées, et une large part de l’arrière-pays sont déjà occupées.

La partie est du Grand-Fougeray où se trouve l’Hôtel Daniel, de même que la Dominelais et Saint-Sulpice-des-Landes, était au IXe siècle recouverte par la Forêt de Teillay. Il est probable qu’une famille Daniel se soit d’abord installée dans la partie ouest au VIe siècle, actuelle Saint-Anne, via la Vilaine et la Chère, puis, à l’occasion du défrichage partiel de cette forêt aux XIe et XIIe siècles, se soit installée plus à l’est et ait fondé le hameau auquel elle a donné son nom.

 

La colonisation bretonne du pays de Redon s’est aussi faite depuis la côte nord, via la Rance, le Meu et la Vilaine qui forment la voie d’eau principale empruntée de longue date pour traverser la péninsule. Les paroisses de Ploërmel, Guipry, Plélan-le-Grand et Guichen auraient ainsi été fondées par des Bretons arrivés à travers la région de landes et la forêt centrale du Poutrecoët (Porhoët, pays à travers la forêt) qui couvraient alors le Centre-Bretagne (53).

L’hypothèse d’une traversée de l’Armorique du nord au sud par les Daniel de Conquereuil et du Grand-Fougeray paraît peu vraisemblable pour les raisons détaillées plus haut : répartition des toponymes anciens et des anthroponymes, distance plus importante à parcourir, faits historiques, y compris ceux survenus en grande Bretagne au VIe siècle.

 

 

Les événements de 577 et 578

 

Le déroulement des événements outre Manche et dans le Vannetais dans la seconde moitié du VIe siècle accrédite en effet l’hypothèse d’une arrivée des Daniel à cette époque dans le bassin de la Vilaine.

Sur l’île de Bretagne, à partir du milieu du VIe siècle, les Bretons sont en grande difficulté. Ils sont d'une part touchés par la peste bubonique, ou peste justienne, qui ravage la Bretagne et l’Irlande de 547 à 551 (54). De Plus, cette épidémie, arrivée au sud du pays de Galles depuis Nantes et Bordeaux, ne touche pas les Saxons et les Angles avec lesquels les Bretons n'ont pas de contact. Elle participe au fait que, de tout temps, l’émigration vers l’Armorique atteint son maximum dans la période 540-550. 

Ils sont d'autre part battus en 552 à Old Sarum (Searobyrig) près de Salisbury dans le sud Wiltshire par les Saxons du Wessex conduits par Cynric, puis de façon décisive en 577 à Dyrham par les mêmes Saxons conduits par Cuthwine et Ceawlin qui prennent les villes bretonnes stratégiques de Gloucester, Cirencester et Bath. Les liaisons terrestres sont désormais très difficiles entre les Bretons établis de part et d'autre du canal de Bristol.

 

 

 

l’attaque des Saxons à Dyrham en 577

 

 

Au sud de l’Armorique, cet afflux d’immigrés exerce une pression démographique qui pousse les Bretons du Vannetais à trouver de nouveaux territoires à l’est, mais elle apporte également des forces nouvelles à l’armée du chef Waroc pour y parvenir, d’où ses incursions dès 578 à l’est de la Vilaine en territoire franc. Cette arrivée massive survient à un moment où les Bretons armoricains colonisent une région où se sont installés des Daniel. Le fait que leur nom est fortement présent à la fois au sud du pays de Galles, non loin de la zone d’agression des Saxons en 577, et dans le territoire pillé par Waroc dès 578 accrédite l’idée d’un lien de causalité. De plus, les immigrants du pays vannetais sont pour la plupart liés au pays de Galles plutôt qu’au Cornwall et au Devon comme en témoigne la parenté entre leur dialecte et la langue galloise, surtout du point de vue de la syntaxe.

 

 

L'introduction du nom dans la basse Vilaine

 

L’arrivée des Daniel dans le bassin de la Vilaine a pu se faire dans la première moitié du VIe siècle car entre 497 et 558 les Francs encouragent l’installation des Bretons en Armorique et cette colonisation concerne surtout le nord ouest et le sud de la péninsule. Les paroisses de Ploudaniel dans le Finistère, de Pleudaniel et Trédaniel dans les Côtes-d’Armor ont certainement été fondées à cette époque. Toutefois, une arrivée lors de la dernière grande migration des années 550-580 paraît bien plus probable car elle concerne particulièrement le Vannetais et le pays de Redon. Une famille ou simplement un individu porteur du nom aurait alors fuit l’île de Bretagne et se serait installé par l’embouchure de la Vilaine dans une des paroisses bordant la rivière, peut-être même directement à Fougeray ou dans celle primitive de Massérac-Guéméné qui incluait l’actuel territoire de Conquereuil.

 

Dans le dernier quart du VIe siècle, les Bretons s’établissent dans toute la basse Vilaine, fleuve frontière avec les Francs, de 497 à 753. Les colons sont en minorité dans une zone que se disputent les deux peuples mais dans laquelle l’armée vannetaise gagne régulièrement du terrain par les offensives répétées de Waroc de 578 à 594. Ces colons établis en territoire hostile servent de point d’appuis dans la conquête vers l’est, l’encouragent et la facilitent.

D’autres Daniel s’établissent à la même époque à l’est du Vannetais. Leur histoire est la même mais leur itinéraire différent. Au lieu de remonter la Vilaine, ils empruntent le couloir de paroisses primitives bretonnes alignées plus à l’ouest, de Arzal à Pleucadeuc, entre l’embouchure du fleuve et la rivière Oust le long de la voie romaine.

 

En pays nantais, La Daniellerie à Conquereuil présente un profil similaire à celui de l’Hôtel Daniel de Fougeray. Les deux lieux sont à faible distance (12 km à vol d’oiseau), ils sont chacun situés à proximité d’une rivière affluente de la Vilaine (le Don pour La Daniellerie, la Chère pour l’Hôtel Daniel), et leurs paroisses se trouvent sur la voie romaine qui part de Blain plus au sud et rejoint Rennes.

Les deux toponymes ne datent pas de la même époque (XIe siècle pour La Daniellerie, XVe pour l’Hôtel Daniel) mais des Daniel ont pu s’y établir au même moment plusieurs siècles avant.

Compte tenu de leur proximité géographique dans une zone où on ne trouve aucun autre toponyme formé sur ce nom, l’idée d’un lien familial entre leurs fondateurs est envisageable, de même que leur histoire plus ancienne peut être commune. On peut supposer la colonisation d’un Daniel à Conquereuil à la fin du VIe via la Vilaine et le Don, et parallèlement d’un autre à Fougeray via la Vilaine et la Chère. Ou encore l’établissement d’un individu dans l’un ou l’autre lieu, puis d’un membre de sa famille dans le second.

Dans les deux cas la fondation du hameau a dû se faire à l’occasion des défrichements et déforestations entamés au XIe siècle. Celui qui défriche et crée un établissement donne son nom au lieu qu’il fonde. C’est certainement le cas à Conquereuil puisque le XIe siècle est une période d’intenses défrichements. C’est sans doute le cas également à Fougeray dont la partie est, où se trouve l’Hôtel Daniel, était alors recouverte par la Forêt de Teillay dont il reste aujourd’hui une partie à Saint-Sulpice-des-Landes. Un travail plus important de défrichage du fait de cette forêt a pu être l’occasion d’une fondation plus tardive.

 

Les colons bretons ne déménagent et ne se déplacent pas toujours plus à l’est au fil des conquêtes de l’armée bretonne entre le VIe et le IXe siècle. Ils s’établissent plutôt dans un lieu disponible, près du littoral dans les premiers temps aux IVe et Ve siècles, puis toujours plus dans les terres au fur et à mesure que les immigrants arrivent, mais chacun s’installe à proximité de l’endroit où il arrive et y reste. Ils ne sont pas arrivés dans le Vannetais pour migrer progressivement et arriver à Conquereuil et Fougeray au IXe siècle quand cette zone devient politiquement bretonne ; ce sont les colons suivants qui s’installent toujours plus à l’est et à l’intérieur des terres dans un lieu disponible. Il est ainsi plus probable que les Daniel de Conquereuil et Fougeray s’y soient établis dès leur arrivée à la fin du VIe.

 

Les Daniel de notre lignée vivent à Fougeray dans les lieux-dits le Coudray et Branzan distants de 400 mètres de part et d’autre de l’actuelle D54. Dans les archives, on n’en trouve aucun à l’Hôtel Daniel même. Toutefois, Branzan étant situé à 250 mètres et cette famille y étant domiciliée de façon avérée depuis au moins 1652, date du mariage de Julien Daniel, il est presque certain qu’elle a effectivement donné son nom à ce lieu-dit.

Ce n’est que huit générations plus tard, avec l’installation à Saint-Just de François Daniel en 1898 quand il se marie avec Jeanne Tiger que nos Daniel quittent définitivement le Grand-Fougeray après, selon toute vraisemblance, y être restés treize siècles (55).

 

 

 

VI - Résumé de synthèse chronologique

 

 

Du proche Orient à l’île de Bretagne

 

A l’origine, le nom Daniel vient du quatrième grand prophète hébreu auquel un livre du IIe siècle avant Jésus-Christ est consacré dans l’Ancien Testament.

En 414, il est adopté par un moine d’Asie Mineure qui devient célèbre dans les années 460 par ses prédictions et ses guérisons sous le nom de Daniel le Stylite.

Parallèlement, en grande Bretagne où le christianisme s’est répandu au IIIe siècle, les monastères se développent dès la fin du IVe siècle en réaction à la corruption du clergé et aux conversions de masse qui conduisent à des pratiques dévoyées. Dans un souci de pureté, les moines cherchent à s’approcher au plus près des sources de leur religion et se lancent dans des pèlerinages vers les Lieux saints, Jérusalem, Rome, Constantinople, mais aussi Ephèse, le désert égyptien où vivent des ermites connus pour leur ferveur, les lieux de Judée fréquentés par le Christ, Antioche dans l’ancienne Syrie…

Beaucoup de ces voyages se font par mer ce qui est moins dangereux, plus rapide et aussi plus pratique car des navires de Méditerranée fréquentent les côtes du Cornwall au sud-ouest de l’île et peuvent conduire les pèlerins à leur but. Cette région commerce en effet avec des marchands proche-orientaux surtout attirés par l’étain dont elle est à cette époque le plus gros fournisseur, métal plus précieux que l’or car nécessaire à la fabrication du bronze utilisé depuis plusieurs siècles dans la confection des armes. La région dispose aussi de plomb, de cuivre, elle fournit des chiens de chasse, des esclaves… En échange, les navires orientaux apportent du vin, de l’huile, des olives, des céréales... De très importantes quantité d’amphores et de céramiques méditerranéennes des Ve et VIe siècles ont été retrouvées à Tintagel au nord du Cornwall plus que partout ailleurs dans l’île alors qu’on n’en trouve très peu en Gaule, ce qui est le signe d’une liaison maritime directe avec certains ports de Grèce, d’Egypte, d’Asie Mineure (Izmir, Ephèse), de Libye, Tunisie, Chypre…

Ces voyages sont l’occasion de découvrir des mœurs différents, des pratiques religieuses particulières, des mots nouveaux… Les pèlerins découvrent les noms à la mode, ceux des saints et des célébrités, des héros de la Bible comme Jérémie, Isaac, Jacob, David, Daniel, Paul, Esaü, Josué, Abraham… très populaires dans les territoires visités et qui leur deviennent familiers.

Les séjours peuvent durer plusieurs années, soit parce que les pèlerins souhaitent rester plus de temps, soit parce qu’il ne leur est pas toujours facile de trouver un armateur acceptant de les embarquer pour retourner en Bretagne. Ils ont donc le temps de s’imprégner des mœurs et du vocabulaire des régions visitées.

 

Vers 489, à une époque où les pèlerinages sont devenus fréquents, Daniel le Stylite meurt à Constantinople. Cet événement fait qu’on parle soudainement beaucoup de lui. Son nom se popularise et est largement adopté.

Les pèlerins bretons présents à cette époque en Asie Mineure sont frappés par sa célébrité, retiennent son nom et l’introduisent dans l’île de Bretagne vers 490 où ils le rendent également populaire, de même que d’autres noms bibliques.

 

Durant le Ve siècle, le territoire des Bretons s’est progressivement réduit au pays de Galles, au Cornwall et au Devon, au sud-ouest de l’île, suite au départ des troupes romaines en 411, puis à l’invasion des Saxons venus de Scandinavie. C’est de cette région que partent les pèlerins et c’est là qu’ils retournent, ce qui explique pourquoi les noms bibliques, encore aujourd’hui, se trouvent surtout concentrés au sud-ouest de la Grande-Bretagne.

A cette époque, du fait du moins grand développement des pèlerinages en Orient chez les Gallo-romains et les Francs et parce qu’ils ont moins de contacts commerciaux avec la Méditerranée, le nom Daniel n’arrive pas en Gaule, sauf à Marseille, port important de longue date, où il est introduit dès le IIe siècle par d'autres pèlerins ou par des troupes romaines.

 

 

De l’île de Bretagne à l’Armorique

 

L’émigration des Bretons vers l’Armorique, entamée à la fin du IVe siècle, atteint son maximum au milieu du VIe, entre 540 et 550, avant une nouvelle vague vers 570-580 puis une diminution progressive. Ils s’installent le long de la Loire et en Normandie, mais surtout en Armorique du fait de sa proximité avec leur point départ et y deviennent si nombreux que celle-ci change de nom au VIe siècle pour s’appeler désormais la Bretagne.

Beaucoup de Bretons qui arrivent dans cette période portent des noms bibliques et certains d’entre eux s’appellent Daniel. Pour cette raison aujourd’hui encore, quinze siècles après leur arrivée, ce nom est en France surtout concentré en Bretagne.

 

Les immigrants prennent le chemin le plus court. Ceux qui partent du Devon s’installent au nord dans les actuels Finistère et Côtes-d’Armor et fondent la Domnonée, ceux qui partent du Cornwall s’établissent plus au sud-ouest et fondent la Cornouaille, ceux qui viennent du pays de Galles participent également à la fondation de la Cornouaille mais beaucoup, arrivés plus tardivement, s’installent où il reste de la place, surtout dans le Vannetais au sud.

Les premiers à partir s’établissent au plus près et le long du littoral toujours très recherché. Les suivants s’installent plus loin en contournant la péninsule à mesure que le littoral est occupé, puis entrent dans les terres. Durant le VIe siècle le plus gros de la colonisation est accomplie.

Les noms de lieux que l’on trouve sur le littoral des Côtes-d’Armor et du Finistère nord (Kerdaniel, Kerdanniou, Ploudaniel…) correspondent à une arrivée fin Ve et début VIe siècle ; ceux rencontrés dans les terres à l’est du Vannetais et dans le pays de Redon (La Ville Daniel, La Croix Daniel, La Danilais…) à une arrivée à la fin du VIe. Ces noms de lieux ont été créés à différentes époques du VIe au XIIIe siècles mais les noms de personnes sur lesquels ils sont construits sont déjà présents en Armorique souvent depuis le VIe.

 

 

L’introduction dans le pays de Redon

 

A partir de 550 dans l’île de Bretagne, les Saxons reprennent l’offensive contre les Bretons et, en 577, gagnent une bataille décisive à Dyrham aux portes du pays de Galles. C’est l’occasion d’une nouvelle de vague de départs, une des dernières vagues importantes même si l’émigration ne s’éteindra vraiment qu’au XIe siècle. A cette époque le littoral nord de l'Armorique est déjà très peuplé et certains colons doivent trouver de la place ailleurs. Beaucoup entrent dans les terres où cela est possible, certains s’installent dans la région de Vannes et autour de la Vilaine, entre son embouchure et Redon. Le nombre important de nouveaux arrivants renforce l’armée de Waroc, chef breton du Vannetais, ce qui lui permet entre 578 et 594 de gagner plusieurs batailles contre les Francs dont le territoire est délimité par la Vilaine. Les colons bretons se soucient peu des frontières et s’installent aussi loin qu’ils peuvent en empruntant les cours d’eau, la Vilaine et les rivières affluentes, l’Oust, l’Aff, l’Isac, le Don, la Chère…

 

Dans ces années 550-580, fuyant les agressions saxonnes, certains de ces Bretons qui portent le nom Daniel quittent par bateau la région de Carmarthen au sud du pays de Galles, contournent la péninsule armoricaine jusqu’à l’est du Vannetais, remontent la Vilaine et la rivière Don pour s’installer à Conquereuil en Loire-Atlantique. D’autres remontent plus haut et s’installent à Fougeray en empruntant la rivière Chère. D’autres encore, s’établissent dans l’est du Vannetais à l’ouest de la Vilaine et au sud de la rivière Oust où plusieurs paroisses majoritairement bretonnes sont accueillantes – Marzan, Péaule, Limerzel, Pluherlin, Pleucadeuc – au milieu d’autres densément peuplées de Gallo-romains.

Ceux installés à Conquereuil et Fougeray sont en territoire franc. Les Bretons y sont minoritaires mais leur situation est suffisamment viable pour qu’ils y restent définitivement. Vers les IXe et Xe siècles, ils deviennent majoritaires dans cette partie nord du pays nantais enfin politiquement bretonne en 851.

 

Aux Xe et XIe siècles, l’accroissement de la population rend nécessaire le défrichage pour augmenter la surface de terre cultivable. Les descendants des Daniel de Conquereuil prennent part à ces travaux et à cette occasion fondent le hameau La Daniellerie dans un lieu gagné sur la friche.

A cette époque la Forêt de Teillay, dont il reste aujourd’hui une partie à Saint-Sulpice-des-Landes, occupe encore la paroisse de Fougeray jusqu’au bourg. Les descendants des Daniel établis là au VIe siècle défrichent eux aussi et fondent le hameau l’Hôtel Daniel dans l’espace gagné sur cette forêt.

 

Les archives d’état civil, dont la tenue est imposée par l’ordonnance royale de Villers-Cotterêts de 1539, n’existent à Fougeray qu’à partir de la fin du XVIe siècle et leur état de conservation les rend difficilement exploitables. Le plus ancien ancêtre de notre lignée qu’il a été possible d’y trouver est François Daniel, marié en 1639.

Dans la même paroisse, une deuxième branche Daniel de notre famille – dont le plus ancien membre trouvé est Julien Daniel, marié en 1652 – vit jusqu’à la fin du XVIIIe siècle au hameau du Coudray puis, aux alentours de 1790, déménage 400 mètres plus haut pour s’établir à Branzan.

Branzan est situé à 250 mètres de l’Hôtel Daniel. Notre famille étant domiciliée dans ce lieu au vu des archives depuis au moins deux siècles et demi, et selon les conclusions de cette étude depuis les années 580, il est quasiment assuré qu’elle lui a effectivement donné son nom.

 

Des recherches plus poussées permettront peut-être de découvrir que ces deux branches sont liées par un ancêtre commun. Toujours est-il que depuis le XVIIe siècle, huit générations se succèdent au Coudray, à Branzan et à La Claie, jusqu’à ce qu’en 1898 François Daniel quitte le Grand-Fougeray pour s’établir à Saint-Just et rejoindre son épouse Jeanne Tiger.

Avec son départ s’achève une présence des Daniel de notre lignée à Fougeray qui aura duré près de 1300 ans.

 

 

 

 


Sources et notes

 

(1) données officielles de l’INSEE disponibles sur www.geopatronyme.com     

(2) Les noms racontent la Bretagne, Michel Prizias, Ki-Dour Editions, 1999, p.59

(3) Dictionnaire des noms de famille bretons, Albert Deshayes, Le Chasse-Marée/ArMen, 1995, p.114

(4) Dictionnaire étymologique des noms et prénoms, Albert Dauzat, Librairie Larousse, 1987

(5) Dictionnaire des noms de famille bretons, Albert Deshayes, Le Chasse-Marée/ArMen, 1995, p.43

(6) Wikipédia http://en.wikipedia.org/wiki/Deiniol

(7) le nombre des recensés étant près de trois fois plus important que celui des naissances, nous avons élevé les valeurs françaises en indexant le % le plus grand (Morbihan) à celui trouvé en Grande-Bretagne (Carmarthenshire). Les 20 variantes employées pour la France sont par ordre décroissant de valeur brute : Daniel, Deniel, Danielou, Dano, Denieul, Denniel, Danilo, Danigo, Denion, Danielo, Danic, Daniele, Deniard, Daniou, Dennielou, Danioux, Danilet, Danielli, Denieulle et Danieli.

(8) Llanelli 87 naissances (près de Swansea), Abergwili 37 (contigu à Carmarthen), Pembrey 35 (ouest de Llanelli), Llanegwad 34, Llangyndeyrn 26 (sud-est de Carmarthen), Llangunnor 24 (contigu à Abergwili) et Llan-non 19 (nord de Llanelli).

(9) selon John Morris, St Deiniol ne serait allé au nord-ouest pour fonder l’abbaye du grand Bangor qu’après la mort du roi Maelgwyn vers 550 (The Age of Arthur, a History of the British Isles from 350 to 650, vol.3, J.Morris, Phillimore & Co, 1977, p.370). Les opinions divergent aussi sur la date d’érection de l’abbaye de Bangor en cathédrale (546 ou 550), sur celle de la mort de St Deiniol (554, 572 ou encore 584 selon Nennius) et sur celui qui l’a consacré évêque, St David ou plus vraisemblablement St Dyfrig (Dubricius) évêque de Ergyng. Quelles que soient ces incertitudes, ce qui importe ici est qu’un Daniel vivait dans cette région au début du VIe siècle. Sources :

Britannia : www.britannia.com/celtic/wales/    

Welsh Biography Online : yba.llgc.org.uk/en/s-DEIN-IOL-0584.html    

British History Online : www.british-history.ac.uk/report.aspx?compid=47798   

(10) Démétie ou Demetia du nom du peuple celte des Demetae. Ancien nom de la région sud-ouest du pays de Galles divisée en 1284 en deux comtés, Carmarthenshire et Pembrokeshire, regroupés en 1996 dans l’actuel Dyfed.

(11) Les royaumes brittoniques au Très Haut Moyen Age, Christian Y.M. Kerboul, éditions du Pontig, 1997, p.90

(12) Les royaumes brittoniques au Très Haut Moyen Age, Christian Y.M. Kerboul, éditions du Pontig, 1997, p.73, 117 et 174

(13) Les origines de la Bretagne, Léon Fleuriot, Editions Payot, 1980, p.190

(14) cité par Jean Markale dans Histoire de la Bretagne, tome I, Editions Pygmalion, 2003, p.146

(15) selon J-M Ricolfis, le nom de la commune de Trédaniel (Côtes-d’Armor) vient « du saint protecteur de l’église locale. Un Gallois qui vécut au VIe siècle et fut évêque ; il fonda les deux villages de Bangor, d’où son nom de ‘’Daniel Bangors’’ (…). C’est de lui que viennent les ‘’Daniel’’ bretons et non du saint oriental dont il avait emprunté le nom, Daniel le Stylite », in Trédaniel, Histoire et Patrimoine, Bertrand L’Hôtellier, S.P.C.M., 2000, p.17

(16) Three Byzantine Saints : Contemporary Biographies of St. Daniel the Stylite, St. Theodore of Sykeon and St. John the Almsgiver, traduit par Elizabeth Dawes, Londres, 1948, chap.3, cité par N.H.Baynes dans The Life of Daniel the Stylite, cf le site de Medieval Sourcebook, www.fordham.edu/halsall/basis/dan-stylite.html

(17) Saint Daniel fut un disciple de l’initiateur du stylisme Saint Siméon (389-459) originaire de Syrie et qui passa 42 ans de sa vie en haut d’une colonne de 12 mètres.

(18) Welsh Biography Online : yba.llgc.org.uk/en/s-DEIN-IOL-0584.html    

(19) en 1881, on comptait 588 Jeremy au pays de Galles sur 692 dans tout le Royaume-Uni soit un taux record de 85%. Joshua 171 sur 235 (73%), John (Jonas/Jean) 11.329 sur 20.176 (56%), Esau 38 sur 71 (54%), David 108.403 sur 242.747 (45%), Joseph 944 sur 2.779 (34%), Zacharie 21 sur 80 (26%), Isac 1.336 sur 7.180 (19%), Gabriel 153 sur 839 (18%), Daniel 2.638 sur 17.821 (15%), Mathew (Mathieu) 5.397 sur 44.616 (12%). Pour les Cornwall, Devon, Dorset, Gloucestershire, Somerset et Wiltshire : Job 496 sur 1.632 (30%), Eve 484 sur 1.810 (27%), Paul 2.264 sur 8.852 (26%), Luke 698 sur 3.020 (23%), Isac 1504 (21%), Mark (Marc) 1.972 sur 9.496 (21%), John 4.116 (20%), Mathew 7.135 (16%), Esau 11 (15%), Simon 5.808 sur 38.946 (15%), Salomon 512 sur 3.627 (14%), Joel 174 sur 1.267 (14%), Gabriel 114 (14%), Daniel 2.211 (12%), Moïse 379 sur 3.319 (11%), Jacob 1.097 sur 9.760 (11%), Adam 5.578 sur 50.209 (11%). Données du pays hors individus expatriés ou militaires en mission d’où, pour les Daniel, un écart avec la carte précédente. Source British Census 1881.

(20) The Development of Christian Society in Early England, Tim Bond, 1998, sur Britannia : www.britannia.com/church/bond1.html   

(21) dans une lettre de 386-389 Ste Paula écrit à propos de Jérusalem : Le Breton, séparé de notre monde, tourne le dos au soleil couchant, et vient visiter des lieux qu'il ne connaissait que par la renommée. A la même époque, St Jérôme de Stridon (340-420) ajoute dans ses épîtres : les portes du ciel sont tout aussi largement ouvertes aux Bretons dans leur patrie, qu’à ceux qui viendront à Jérusalem. in Le voyage en Terre Sainte, Jean-Claude Simœn, Impact Livre, 2000, p.17

(22) University of Glasgow : www.gla.ac.uk/archaeology/projects/tintagel/ttg3.html

(23) carte tirée de Celtic Britain, Charles Thomas, Thames & Hudson Ltd, 1997, p.59

(24) La Bretagne des saints et des rois Ve-Xe siècle, André Chédeville et Hubert Guillotel, éditions Ouest-France Université, 1984, p.176

(25) Naissance de la Bretagne. Géographie historique et structures sociales de la Bretagne méridionale de la fin du VIIIe à la fin du XIIe siècle, Noël-Yves Tonnerre, 1994, Presses de l’Université d’Angers, p.155

(26) site officiel de la commune d’Abbaretz : www.abbaretz.fr/article.php3?id_article=33    

(27) site du ferblantier américain Pewter Classics : pewterclassics.com/history2FRench.htm   

(28) site de Upper Canada Village sur le métier de ferblantier : www.parks.on.ca/village/francais/ftour24.htm    

(29) l’étain du Cornwall sur le site de la BBC http://www.bbc.co.uk/nationonfilm/topics/tin-mining/background_history.shtml     

(30) les versets 6 à 31 de cette gwerz sont très proches des versets 9 à 26 de la sourate 18 du Coran. Le pèlerinage islamo-chrétien du Vieux-Marché, Laurent Girard, sept. 1998, http://esteurop.free.fr/artic10/islamo10.html

(31) 0,046% de la population en Vénétie (2001), 0,19% dans le Morbihan (1891-1915), 0,17% au pays de Galles (1881), 0,46% dans le Carmarthenshire (1881).

(32) Les 14 formes représentées sont : Daniel (3031), Deniel, Denniel, Deniele (764), Danielou, Dannielou, Daniellou (453), Denieul, Denieule (181), Danielo 82, Danic (59), Denie (59), Denieulle (25) et Daniaux (17).

L’emploi de données brutes aboutit à la sur-représentation des agglomérations urbaines et rend impossible la localisation de berceaux du nom. Seule une carte des occurrences en % de la population peut éventuellement mener à des conclusions. Les taux très élevés dans certaines communes ne sont dûs qu’à leur faible population ce qui fausse l’examen. Ainsi Saint-Séglin en Ille-et-Vilaine donne un taux record de 244,5/10.000 (10 lignes téléphoniques attribuées à des Daniel pour 409 habitants), tout comme Saint-Fiacre dans les Côtes-d’Armor (144,9/10.000 ; 3 pour 207 hab.) alors que la moyenne est de seulement 20/10.000. Nous avons corrigé ce biais en ramenant la valeur des 2% de communes les moins peuplées (21 communes de 257 habitants + Saint-Séglin) à la valeur moyenne de l’ensemble des 1031 communes où le nom est présent, ce qui donne une palette de valeurs plus homogène et plus parlante. Sur cette carte le taux le plus élevé est rencontré à Ploneour-Lanvern dans le Finistère : 168.4/10.000 (28 lignes Daniel pour 1668 habitants).

(33) Les avis divergent sur le nombre des Bretons qui ont colonisé l'Armorique. De 35.000 à 50.000 selon les auteurs de Des mégalithes aux cathédrales (collectif, éditions Skol Vreizh, 1983, p.128), de 100.000 à 150.000 selon Joël Cornette dans son Histoire de la Bretagne et des Bretons, Tome I, Editions du Seuil, 2005, p.143

(34) La Bretagne des saints et des rois Ve-Xe siècle, André Chédeville et Hubert Guillotel, éditions Ouest-France Université, 1984, p.24

(35) carte tirée de l’Atlas d’Histoire de Bretagne, Skol Vreizh, 2002, p.47

(36) Côtes-d’Armor 157 toponymes construits sur le nom Daniel (40%), Morbihan 85 (22%), Finistère 58 (15%), Ille-et-Vilaine 57 (15%) et Loire-Atlantique 36 (9%).

(37) Dans le Morbihan, deux toponymes du VIe siècle intéressants à première vue, Trédano à Sérent et Pouldano à Berric, n’ont pas été retenus car, selon Albert Deshayes (Dictionnaire des noms de lieux bretons, p.431), ils ont pour racine Tanou, du breton Tan, feu. Les Kerdaniou et Kerdanio qui ont, selon lui, la même origine ont également été écartés, soit 3 dans les Côtes-d’Armor et 6 dans le Finistère. Le même auteur présente pourtant les Kerdaniou de Plonevez-du-Faou (29) et Hengoat (22) et le Daniou de Bégard (22) comme construits sur Daniel. La toponymie n’est pas une science exacte et on peut aussi se demander pourquoi A.Deshayes considère les Kerdano et Kerdanno sans rapport avec ce nom alors que dans son Dictionnaire des noms de famille bretons p.114, les patronymes Dano et Danno en sont bien des variantes. De même, comme vu plus haut, les formes Denoual et Denouel, sujettes à caution, n’ont pas été incluses, soit 12 toponymes (dont 11 parcelles) : 4 dans les Côtes-d’Armor, 8 en Ille-et-Vilaine et 1 dans le Morbihan. Par prudence, nous avons cartographié à minima en écartant les formes non avérées. Retenir Trédano et Pouldano aurait pourtant modifié les conclusions en démontrant l’installation de Daniel dans le Vannetais dès le VIe siècle. Retenir les Denoual et Denouel en revanche n’aurait rien changé puisque aucun ne se trouve en basse Vilaine.

(38) ce couloir breton est largement décrit par Erwan Vallerie dans Communes bretonnes et paroisses d’Armorique, Editions Beltan, 1986, p.213

(39) Cartulaire de l’abbaye Saint-Sauveur de Redon, Amis des Archives historiques du diocèse de Rennes, Dol et Saint-Malo, HID, 1998, p.58

(40) ce cartulaire comprend 391 actes en latin – détaillant des donations, achats, règlements de litiges... qui ont marqué le Vannetais et l'Abbaye de Redon (fondée en 832) à la limite des zones bretonnes et franques – de la fin du VIIIe siècle à la mi-XIIe.

(41) cité par Jean-Bernard Vighetti dans Charmes secrets des Pays de Vilaines, Editions des Paludiers, 1984, p.18

(42) L’identité bretonne, l’origine des noms de personnes, Jean-Marie Plonéis, Editions du Félin, 1996, p.186

(43) fol. 101 verso, l.19

(44) fol. 169 verso, l.3 et fol 170, l.3

(45) fol. 185, l.20-21

(46) fol. 133, l.10

(47) fol. 82, l.23

(48) fol. 137 verso, l.6

(49) fol. 138, l.16

(50) Les noms racontent la Bretagne, Michel Priziac, Ki-Dour Editions, 1999, p.90

(51) Naissance de la Bretagne. Géographie historique et structures sociales de la Bretagne méridionale de la fin du VIIIe à la fin du XIIe siècle, Noël-Yves Tonnerre, Presses de l’Université d’Angers, 1994, p.66

(52) Les noms de lieux bretons de Haute-Bretagne, Jean-Yves Le Moing, Editions Coop Breizh, 1990, p.317

(53) Le pays de Redon sous les rois bretons, J-M.Dupont, in Recherches en Pays de Vilaine, Groupement Culturel Breton des Pays de Vilaine, tome I, 1982, p.7

(54) The Age of Arthur, vol. 3, John Morris, Phillimore & Co Ltd, 1977, p.363 et p.511

(55) Fougeray devient Le Grand-Fougeray en 1847.

 

Les cartes montrant la répartition du nom en France et Grande-Bretagne, dans l'Ouest en patronymie et en toponymie ont été réalisées avec le logiciel Cartes & Données v.4 de Articque www.articque.com